Le pétrole brut évolue près de ses récents sommets, tandis que l’usine de SAF prévue au Maroc signale une concurrence accrue pour les huiles usagées et une évolution de la demande de carburants de transport.
Le pétrole brut se maintient près de ses récents sommets, les tensions au Moyen-Orient maintenant les primes de risque à des niveaux élevés, tandis que des évolutions structurelles dans les carburants de transport commencent lentement à se dessiner grâce aux investissements dans le carburant d’aviation durable (SAF), comme l’usine à base de HEFA prévue au Maroc.
Les références pétrolières restent soutenues par les risques géopolitiques et les perturbations des flux commerciaux, le Brent évoluant autour de récents sommets de cinq mois et le WTI près de la partie supérieure de sa fourchette automnale. Parallèlement, la croissance du SAF et d’autres carburants bas carbone, stimulée par les politiques publiques, commence à remodeler les anticipations de demande à long terme. Un nouveau projet marocain visant à transformer des huiles et graisses usagées en SAF et en diesel renouvelable montre comment les flux de déchets de l’industrie des huiles végétales deviennent des matières premières négociées à l’échelle mondiale. Pour le pétrole brut, cela ne modifie pas encore les équilibres à court terme, mais renforce l’idée que la croissance future de la demande de carburéacteur et de diesel routier sera de plus en plus concurrencée par les carburants alternatifs.
Prix
Les contrats à terme sur le Brent du premier mois se sont récemment négociés autour de $110–112/bbl, près de leurs plus hauts niveaux depuis mai, soutenus par l’intensification des tensions autour de l’Iran et les risques intermittents de perturbations sur des voies maritimes clés. Le WTI évolue juste sous le seuil psychologique de $100/bbl après une forte progression au début du mois d’octobre, le premier mois ayant récemment été coté légèrement au-dessus de $98/bbl, en hausse de plus de 9% sur le mois. La volatilité s’est légèrement atténuée lors des dernières séances, mais les mouvements de prix restent dictés par les gros titres, toute escalade ou détente du conflit régional se reflétant rapidement dans les variations des prix nominaux.
Évolutions de l’offre et de la demande liées au SAF
Le Maroc prévoit de construire une importante usine de production de SAF dans la zone industrielle et logistique de Bétoya, à Nador West Med, pour un coût d’investissement estimé à $239 million. Une fois mise en service, l’usine devrait nécessiter environ 200 thousand tons de matières premières par an, principalement des huiles de cuisson usagées, des graisses animales, des déchets de l’industrie agroalimentaire et des sous-produits du raffinage des huiles végétales. La production finale devrait atteindre environ 176–200 thousand tons de SAF par an, ainsi que du diesel renouvelable, du naphta et de faibles volumes de biopropane.
Cette configuration relie directement les marchés pétroliers aux chaînes de déchets agricoles et agroalimentaires. Une partie des 200 thousand tons de matières premières proviendra du marché intérieur, mais une part importante devra être importée, notamment des huiles végétales usagées et des huiles acides issues du soapstock, acheminées via le port de Nador West Med. Cela crée un nouveau débouché structurel pour les lipides issus de déchets, susceptible de resserrer les équilibres des huiles résiduelles en Europe, en Afrique du Nord et potentiellement au-delà, notamment lorsque des projets concurrents de SAF dans le monde rechercheront des matières premières similaires.
Fondamentaux et contexte réglementaire
L’usine marocaine déploiera la technologie HEFA d’Axens, la principale voie commerciale pour produire du SAF et du diesel renouvelable à partir de matières premières lipidiques. À l’échelle mondiale, le SAF ne représente encore qu’une très faible part de la demande de carburéacteur (moins de 1% aujourd’hui), mais des objectifs réglementaires ambitieux en Europe, au Royaume-Uni et dans d’autres régions poussent vers plusieurs pourcents d’incorporation d’ici 2030. Les scénarios de l’AIE présentent les huiles de déchets et résiduelles comme des matières premières clés pour le SAF au cours de cette décennie, leur disponibilité limitée pouvant devenir une contrainte majeure. Dans ce contexte, une usine de SAF de 176–200 thousand tons par an au Maroc, financée par jusqu’à $105 million de prêts examinés par la BERD, ainsi que par un éventuel soutien du Fonds vert pour le climat, illustre la manière dont les marchés émergents cherchent à capter cette nouvelle chaîne de valeur.
Pour le pétrole brut, l’impact volumétrique immédiat est marginal : le carburéacteur représente encore environ 7% de la demande totale de pétrole, et la pénétration du SAF reste faible. Toutefois, chaque nouvelle unité HEFA de taille commerciale érode marginalement le profil de demande à long terme pour les carburants conventionnels destinés à l’aviation et à la route, surtout lorsqu’elles se concentrent autour des principaux hubs du bassin Atlantique. Avec le temps, cela pourrait réduire la demande de distillats moyens à haute teneur en soufre, tout en accroissant la valeur stratégique des flux d’huiles usagées et en influençant les décisions d’investissement des raffineries concernant les capacités d’hydrotraitement.
Flux commerciaux et marchés des matières premières
Le projet marocain s’appuiera sur le port de Nador West Med pour importer des huiles de cuisson usagées et des huiles acides, intégrant la production de SAF aux routes maritimes méditerranéennes. Cela devrait approfondir les échanges de matières premières issues de déchets entre les producteurs européens de sous-produits d’huiles végétales et les transformateurs nord-africains. L’évolution des mandats européens relatifs au SAF et le fait que la production européenne dépasse déjà les objectifs initiaux d’incorporation pour 2025 laissent entrevoir une concurrence régionale forte et potentiellement croissante pour les matières premières conformes.
Comme l’usine crée un débouché garanti pour 200 thousand tons par an de résidus de faible valeur, elle pourrait soutenir une hausse des prix des huiles usagées par rapport aux marges du diesel conventionnel, en particulier sur les marchés tendus. Pour les exportateurs de pétrole brut et les raffineurs, il s’agit d’un facteur supplémentaire qui éloigne progressivement la chaîne de valeur des simples voies de transformation du brut en carburéacteur et en diesel, au profit de modèles intégrés de bioraffinage et de recyclage des déchets situés à proximité des ports et des hubs logistiques.
Perspectives et enseignements pour le trading
La construction et la mise en service de l’usine marocaine de SAF devraient prendre environ 22 mois, avec un démarrage provisoirement prévu en août 2028, sous réserve de la finalisation du financement et des chaînes d’approvisionnement en matières premières. Entre-temps, les prix du pétrole brut devraient rester principalement déterminés par les développements géopolitiques, la gestion de l’offre par l’OPEP+ et le sentiment macroéconomique. Toutefois, les annonces cumulées de capacités de SAF influencent progressivement les anticipations de demande à long terme pour les carburants d’aviation, modérant certains récits structurellement haussiers sur le pétrole brut au-delà de 2030.
Perspectives de trading
- Pétrole brut au comptant : Avec un Brent proche de $110–112/bbl et un WTI près de $100/bbl, le potentiel de hausse semble de plus en plus dépendre des événements ; envisager un biais vendeur sur les rebonds si les tensions au Moyen-Orient s’apaisent ou si les perturbations de l’offre s’avèrent de courte durée.
- Écarts de calendrier : Le risque géopolitique élevé justifie le maintien d’une certaine exposition au backwardation, mais l’atténuation des inquiétudes concernant la demande pourrait limiter une nouvelle accentuation ; surveiller étroitement les stocks et les flux maritimes.
- Produits raffinés : Les marges sur les distillats moyens restent soutenues par le risque géopolitique, mais la concurrence à long terme des projets de SAF et de diesel renouvelable comme celui du Maroc incite à la prudence concernant les positions haussières à très longue échéance.
- Biofeedstocks : L’usine marocaine souligne le resserrement des fondamentaux pour les huiles de cuisson usagées et les graisses résiduelles ; cela soutient une perspective constructive à moyen terme pour la valeur des huiles usagées par rapport aux références du diesel fossile.
Vue directionnelle à 3 jours (principales références)
- Brent (premier mois, ICE) : Biais modérément haussier, mais sensible aux gros titres autour de $110–112/bbl, tandis que les marchés suivent l’évolution du conflit avec l’Iran et la sécurité des pétroliers.
- WTI (premier mois, NYMEX) : Devrait évoluer avec un biais légèrement plus ferme autour du haut de la fourchette des $90, en suivant le Brent tout en réagissant également aux données américaines sur les stocks et à l’activité des raffineries.
- Carburéacteur contre pétrole brut : À court terme, les marges de craquage restent soutenues par la demande de transport aérien et les primes de risque ; structurellement, l’accroissement des investissements dans le SAF, comme l’usine HEFA marocaine, plafonnera progressivement la croissance de la demande de carburéacteur conventionnel.