CMA CGM et Maersk augmentent les surtaxes sur le carburant et la saison de pointe alors que la crise au Moyen-Orient fait grimper les coûts d’expédition à des niveaux records
La hausse des prix du carburant et les perturbations géopolitiques autour du détroit d’Ormuz font grimper rapidement les coûts mondiaux du fret de conteneurs, alors que CMA CGM et Maersk mettent en place de nouvelles surtaxes d’urgence sur le carburant et de saison de pointe dans les principales voies commerciales. Ces mesures augmentent les coûts logistiques de bout en bout pour les exportateurs et importateurs agricoles, en particulier sur les corridors Asie–Moyen-Orient, liés à l’Inde et à l’Europe. Avec le Brent brut de nouveau au-dessus de 108 dollars US le baril et les risques de routes liés à la guerre en hausse, les commerçants font face à un nouveau tour d’inflation provoqué par le fret dans les chaînes d’approvisionnement des matières alimentaires.
La combinaison des surtaxes de carburant, des primes de risque de guerre et des frais supplémentaires de carburant à l’intérieur des terres resserre les marges pour les expéditeurs de céréales, d’oléagineux, de riz, de sucre et de produits réfrigérés. Les dernières actions tarifaires des transporteurs indiquent que les coûts énergétiques et d’assurance élevés sont susceptibles d’être répercutés sur les propriétaires de cargaison bien au-delà du deuxième trimestre 2026.
Introduction
CMA CGM a annoncé de nouvelles augmentations de sa Surtaxe d’Urgence sur le Carburant (EFS) pour les échanges liés à l’Inde, effective le 18 avril 2026, invoquant une forte hausse des prix des carburants maritimes suite au conflit au Moyen-Orient et à la réouverture des marchés mondiaux du carburant début mars. En parallèle, Maersk a révisé sa Surtaxe de Saison de Pointe (PSS) sur les flux en provenance des principales origines asiatiques vers les ports d’Oman, des Émirats arabes unis et d’Arabie saoudite, effective le 30 mars 2026.
Ces décisions des transporteurs interviennent dans un contexte de volatilité extrême des références du brut. Le Brent a dépassé les 108–116 dollars US le baril lors des dernières sessions alors que la guerre en Iran perturbe les routes maritimes autour de la péninsule arabique et augmente la prime de risque sur les exportations d’énergie du Moyen-Orient. Pour les marchés des matières agricoles, l’augmentation des coûts de fret maritime et terrestre menace d’éroder la compétitivité, en particulier pour les expéditions en vrac et conteneurisées à faibles marges.
🌍 Impact immédiat sur le marché
Les dernières révisions de l’EFS et de la PSS ajoutent une nouvelle couche de coût à des réseaux d’expédition déjà sous pression servant les flux alimentaires et fourragers entre l’Asie, le Moyen-Orient, l’Europe et l’Afrique. Le conseil de CMA CGM pour l’Inde confirme des surtaxes de carburant plus élevées sur le trafic conteneurisé, tandis que la mise à jour de Maersk augmente les frais de saison de pointe sur les exportations en provenance de Chine, du Nord-Est et du Sud-Est asiatique vers les principales portes d’entrée du Moyen-Orient comme Salalah, Sohar, Khor Fakkan et Djeddah.
Dans le même temps, les données du secteur montrent que les transporteurs à travers les alliances mettent en œuvre des surtaxes d’urgence sur le carburant en mars en réponse aux perturbations du transit liées à Hormuz, certaines surtaxes de conflit atteignant 1 500–3 000 dollars US par conteneur sur les jambes touchées. Pour les expéditeurs agricoles, ces ajouts de coûts sont susceptibles d’affecter directement les niveaux de base, les offres FOB et les prix CIF livrés, augmentant les coûts à l’importation au Moyen-Orient, en Asie du Sud et dans certaines parties de l’Afrique.
📦 Perturbations de la chaîne d’approvisionnement
La fermeture de facto et la militarisation du détroit d’Ormuz ont contraint à un réacheminement généralisé des flux d’énergie et de conteneurs, augmentant les distances de voyage et la consommation de combustible pour les navires desservant les corridors Asie–Europe et Asie–Moyen-Orient. Les coûts de carburant plus élevés sont aggravés par les primes d’assurance de risque de guerre, augmentant l’urgence pour les transporteurs de récupérer les dépenses via des surtaxes.
Pour les échanges liés à l’Inde, la hausse de l’EFS et des surtaxes de carburant à l’intérieur des terres de CMA CGM étend la pression des coûts des mouvements port à port aux legs routiers et ferroviaires domestiques, augmentant le coût total de la logistique depuis les silos à grains de l’arrière-pays, les broyeurs d’oléagineux, les sucreries et les installations de stockage frigorifique jusqu’aux ports de gateway. La Surtaxe Émergente Globale de Maersk (EBS), appliquée à partir de fin mars, ancre encore plus les coûts de carburant plus élevés dans les niveaux de fret de base, accentuant la pression sur les exportateurs expédiant vers des marchés de consommation éloignés.
📊 Matières premières potentiellement affectées
- Céréales (blé, maïs, orge) – Très échangées en vrac et en conteneurs sur les routes Asie–Moyen-Orient et Mer Noire–Asie ; des frais de fret plus élevés augmentent les coûts CIF pour les marchés dépendants des importations dans le Golfe et en Asie du Sud.
- Riz – L’Inde, le Pakistan et l’Asie du Sud-Est dépendent des expéditions en conteneurs et en vrac vers le Moyen-Orient et l’Afrique ; des surtaxes élevées menacent les appels d’offres sensibles aux prix et les programmes d’achat gouvernementaux.
- Oléagineux et huiles végétales – Les flux de soja, de colza et d’huile de palme en provenance d’Amérique du Sud et d’Asie du Sud-Est vers le MENA et l’Asie du Sud font face à des coûts de fret et d’assurance plus élevés, élargissant les écarts entre les origines.
- Sucre – Les exportations du Brésil, de l’Inde et de la Thaïlande vers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord pourraient subir une inflation des prix à la livraison, affectant les marges des raffineurs et les prix à la consommation.
- Ingrédients pour aliments pour animaux – Les importations de tourteau de soja, de DDGS et d’orge pour animaux dans les marchés à forte intensité de bétail du Golfe et de l’Afrique du Nord sont vulnérables à des frais de fret plus élevés, ce qui pourrait augmenter les coûts de production de viande et de produits laitiers.
- Produits réfrigérés – Fruits, légumes, produits laitiers et viandes expédiés dans des conteneurs réfrigérés le long des voies Asie–Gulf et Europe–Gulf sont très sensibles aux surtaxes supplémentaires par conteneur.
🌎 Implications commerciales régionales
Pour les importateurs du Moyen-Orient, en particulier dans le Conseil de Coopération du Golfe (CCG), le coût d’approvisionnement en aliments et en fourrage augmente alors que les exportations énergétiques régionales sont contraintes. La combinaison du Brent au-dessus de 110 dollars US, des évaluations record du brut de Dubaï à plus de 120 dollars US le baril, et du transit limité par Hormuz a intensifié la concurrence pour des routes et tonnages alternatifs.
Les exportateurs avec des alternatives à courte distance ou des options terrestres – par exemple, les fournisseurs de la Mer Noire vers le Proche-Orient, ou les fournisseurs de céréales et de riz intra-asiatiques – pourraient gagner un avantage relatif sur des origines plus lointaines faisant face à des surtaxes de carburant et de conflit plus élevées. À l’inverse, les exportateurs conteneurisés d’Inde, déjà exposés à la hausse de l’EFS et des frais de carburant à l’intérieur des terres, risquent de perdre leur compétitivité sur les prix dans les marchés de destination marginaux à moins qu’ils ne parviennent à renégocier leurs contrats de fret ou à obtenir un allègement réglementaire.
🧭 Perspectives du marché
À court terme, tant que les références du brut restent élevées et que le conflit au Moyen-Orient continue de perturber des points de passage maritimes clés, les transporteurs sont susceptibles de maintenir ou d’ajuster davantage les surtaxes d’urgence sur le carburant et de saison de pointe. Les analystes estiment que le Brent brut est sur la voie de gains mensuels record, soulignant la probabilité d’une pression soutenue sur les prix du carburant dans les prochains cycles de fixation.
Pour les traders de matières agricoles, l’accent immédiat sera mis sur le recalcul des coûts livrés, la re-tarification des contrats à terme et la réévaluation de l’arbitrage origine-destination à la lumière des frais de fret plus élevés. Toute amélioration des conditions de sécurité dans le détroit d’Ormuz et les routes adjacentes pourrait déclencher un assouplissement rapide des primes de risque et, par extension, des surtaxes. D’ici là, la volatilité sur les marchés de l’énergie et du fret est susceptible de demeurer un moteur central des différences de base et des différentiels FOB/CIF.
Insight du marché CMB
Les dernières actions de surtaxe de CMA CGM et Maersk confirment que la crise au Moyen-Orient de 2026 se transmet directement dans l’économie du commerce agricole via le canal du fret. Les prix des carburants maritimes élevés, les surtaxes de conflit et les ajustements de carburant à l’intérieur des terres redéfinissent les courbes de coûts pour les principaux exportateurs et importateurs, particulièrement le long des corridors Asie–Moyen-Orient et liés à l’Inde.
D’un point de vue stratégique, les acteurs du marché devraient considérer le fret comme une variable de risque clé aux côtés des prix des futures, des taux de change et des politiques. Assurer des accords de fret à moyen terme lorsque cela est possible, diversifier les origines et les routes, et suivre de près les conseils des transporteurs sur les changements d’EFS, d’EBS et de PSS sera essentiel pour protéger les marges dans les chaînes d’approvisionnement en céréales, oléagineux, riz, sucre et périssables au cours des prochains trimestres.

