TL;DR
Le marché indien du chana (pois chiche desi) reste étonnamment ferme malgré l’arrivée de la nouvelle récolte en provenance du Madhya Pradesh, du Maharashtra et du Rajasthan. Les prix de gros se maintiennent proches de l’équivalent de 55–60 EUR/100 kg, tandis que les offres FOB Inde publiées par CMB montrent seulement un léger repli depuis fin février, indiquant un marché équilibré plutôt que sur-approvisionné. La réduction attendue des importations australiennes, la fin du gros flux d’arrivées d’origine étrangère et des rendements inférieurs aux attentes dans certains États limitent la pression baissière. À court terme, la fermeté du chana indien soutient le complexe mondial des pois chiches et pourrait stabiliser les prix pour les exportateurs mexicains et australiens.
Introduction
En Inde, principal producteur et consommateur mondial de pois chiches, la campagne 2025/26 de chana (pois chiche desi) entre dans une phase clé avec l’arrivée de la nouvelle récolte en provenance des grands États producteurs que sont le Madhya Pradesh, le Maharashtra, le Rajasthan et le Karnataka. Malgré ces nouvelles disponibilités physiques, les prix de marché ne montrent pas la correction saisonnière habituellement observée. Les cotations de chana dans les mandis indiens tournent autour de 5 000–5 150 INR/quintal selon les marchés, soit environ 55–57 EUR/100 kg au taux de change approximatif 1 EUR = 90 INR.
Les données internes de CMB sur les offres FOB confirment cette tendance de relative stabilité. Au 14 mars 2026, les offres FOB New Delhi pour des pois chiches secs d’origine Inde (différents calibres) se situent entre 0,85 et 0,97 EUR/kg, contre 0,88–1,00 EUR/kg au 6 mars et 0,89–1,01 EUR/kg au 28 février, soit un recul limité de 2–4 % sur trois semaines. Dans le même temps, les offres mexicaines (FOB Mexico City) affichent une légère érosion similaire. Ce comportement des prix, combiné aux signaux de politique commerciale indienne sur les pois chiches et les pois jaunes, est déterminant pour les flux mondiaux de pois chiches et pour les utilisateurs industriels de farine de pois chiche (besan) en Asie, au Moyen‑Orient et en Europe.
🌍 Impact immédiat sur le marché
Le maintien de prix fermes en Inde, malgré les nouvelles arrivées, traduit un équilibre offre‑demande plus serré qu’anticipé. Des sources de marché indiennes indiquent que les rendements au Madhya Pradesh seraient inférieurs aux attentes et que le rythme des arrivages au Karnataka et au Maharashtra reste modéré, empêchant la constitution rapide d’un surplus en début de campagne. Parallèlement, la plupart des cargaisons de pois chiches australiens importés dans le cadre de la fenêtre tarifaire préférentielle ont déjà été dédouanées, réduisant la pression d’offre additionnelle.
Sur le plan international, la fermeté du chana indien agit comme plancher pour les prix mondiaux des pois chiches. Les rapports de marché récents décrivent un contexte de pression baissière liée à une offre mondiale abondante, mais soulignent que l’Inde – en tant que plus grand débouché – reste un facteur de soutien clé tant que ses prix intérieurs ne chutent pas de manière significative. Pour les exportateurs australiens et mexicains, un chana indien stable limite le risque d’une correction brutale des prix CNF vers l’Asie du Sud et le Moyen‑Orient.
📦 Perturbations de la chaîne d’approvisionnement
Les perturbations actuelles relèvent davantage de la dynamique de flux que de blocages logistiques physiques. Dans les mandis de Maharashtra et d’autres États, les données de prix récentes montrent des niveaux de chana souvent supérieurs à 6 000 INR/quintal (≈ 67 EUR/100 kg), signe d’une demande locale soutenue et d’arrivées encore limitées sur certains marchés. Cette dispersion régionale des prix reflète des goulets d’étranglement ponctuels dans la collecte et le transport, plutôt qu’un afflux massif et homogène de volumes.
Sur le plan du commerce extérieur, deux éléments structurent la chaîne d’approvisionnement :
- La réintroduction programmée de droits d’importation sur les pois chiches à partir du 1er avril (après une période de droits réduits ou nuls) qui renchérit le coût d’atterrissage des cargaisons australiennes et tanzaniennes.
- La réduction anticipée de plus de 50 % des importations indiennes de chana australien pour la campagne novembre 2025–octobre 2026, par rapport aux 1,4 Mt importées la saison précédente.
Ces facteurs limitent la probabilité de congestion prolongée dans les ports indiens liée aux pois chiches, mais ils resserrent la disponibilité globale pour les utilisateurs en aval (meuneries de besan, transformateurs de snacks et de produits prêts à consommer). Les flux logistiques se réorientent progressivement des arrivages maritimes vers les flux routiers domestiques en provenance des zones de production intérieures.
📊 Produits de base potentiellement affectés
- Chana (pois chiche desi, Inde) : Produit directement concerné. Les prix de gros autour de 55–60 EUR/100 kg et les offres FOB Inde à 0,85–0,97 EUR/kg montrent un marché ferme malgré la nouvelle récolte.
- Pois chiche kabuli (Mexique, Russie, autres) : La fermeté du chana indien soutient la parité de substitution entre desi et kabuli, limitant les baisses supplémentaires sur les origines mexicaines, dont les prix FOB ont déjà reculé d’environ 2–3 % depuis fin février dans les données CMB (par ex. 1,38 → 1,30 EUR/kg pour le calibre 42–44 MM au départ de Mexico).
- Pois jaunes (Canada, Russie, Ukraine) : Produit de substitution important dans l’alimentation humaine en Inde. Les droits de douane sur les pois jaunes et leur rôle de substitut influencent indirectement le chana et peuvent soit plafonner, soit amplifier les mouvements de prix selon les décisions de politique commerciale.
- Autres légumineuses (lentilles, pois cassés) : Les arbitrages entre cultures Rabi (chana, lentilles) et entre matières premières pour la transformation (besan de pois chiche vs farines de pois/lentilles) peuvent déplacer la demande et les surfaces, affectant les prix régionaux de ces légumineuses.
🌎 Implications régionales pour le commerce
Pour l’Inde, la combinaison d’une récolte correcte mais sans excédent massif, de rendements hétérogènes et de la normalisation des droits d’importation sur le chana implique une moindre dépendance aux volumes australiens en 2026. Les estimations de la presse spécialisée suggèrent que les importations indiennes de chana australien pourraient tomber à environ 500 000 t pour la campagne novembre 2025–octobre 2026, contre 1,4–1,6 Mt l’année précédente.
Pour l’Australie, cette baisse de la demande indienne accroît la nécessité de diversifier les débouchés vers le Pakistan, le Bangladesh, le Népal, le Moyen‑Orient et l’Afrique du Nord. Des rapports de marché soulignent déjà une pression baissière sur les prix australiens en raison de cette réorientation forcée. Le Mexique, pour sa part, peut bénéficier d’un certain soutien des prix si le chana indien reste ferme, en particulier sur les calibres kabuli exportés vers la Méditerranée, le Moyen‑Orient et l’UE.
Pour les importateurs au Moyen‑Orient et en Europe, la situation indienne se traduit par des prix d’achat qui restent au‑dessus des plus bas de 2024, mais sans envolée. Les utilisateurs industriels doivent néanmoins intégrer un risque de resserrement de l’offre si les rendements indiens se révèlent plus faibles que prévu ou si la politique commerciale se durcit davantage sur les substituts comme les pois jaunes.
🧭 Perspectives de marché
À court terme (prochains 1–3 mois), la base fondamentale du marché du chana en Inde reste haussière à neutre : les importations australiennes sont appelées à reculer fortement, la vague principale de nouvelles arrivées domestiques semble mieux absorbée que prévu, et les stocks de fin de campagne précédente ont été partiellement entamés. Dans ce contexte, une correction marquée des prix en dessous de 50 EUR/100 kg paraît peu probable sans choc de politique publique (libéralisation accrue des importations ou ventes massives de stocks publics).
Les opérateurs surveilleront de près : (1) les données officielles de production de chana 2025/26 en Inde, (2) les décisions finales sur les droits de douane et les fenêtres d’importation pour les pois chiches et les pois jaunes après le 31 mars 2026, et (3) le rythme d’exportation australien vers les marchés alternatifs. Sur le plan des prix internationaux, la fermeté indienne devrait maintenir une volatilité modérée, avec des mouvements plus marqués sur les origines fortement exposées à la demande indienne (Australie, Russie pour le desi; Mexique pour une partie du kabuli).
CMB Market Insight
Pour les traders, importateurs, exportateurs et industriels de l’agroalimentaire, la situation actuelle du chana en Inde envoie un signal clair : malgré une offre mondiale de pois chiches jugée confortable, le principal marché de consommation ne bascule pas dans un scénario d’excès d’offre. Les prix intérieurs indiens, convertis en EUR, restent proches des niveaux observés dans les données CMB FOB Inde, confirmant que le repli récent n’est qu’un ajustement technique et non un retournement de cycle.
Stratégiquement, les acteurs exposés au chana et au kabuli devraient envisager des couvertures de prix sur les prochains mois, en particulier pour sécuriser les besoins de l’industrie du besan et des produits transformés en Asie et au Moyen‑Orient. Les origines alternatives (Mexique, Russie, certains pays d’Afrique de l’Est) pourraient offrir des opportunités d’arbitrage si les différentiels de prix avec le chana indien s’élargissent. Enfin, la politique commerciale indienne sur les pois jaunes et les pois chiches restera le principal catalyseur de marché à surveiller pour anticiper les mouvements de prix sur l’ensemble du complexe des légumineuses.








