Afflux massif de kishmish en Inde : les arrivages record à Sangli et Tasgaon déclenchent une correction rapide des prix des raisins secs

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Les arrivages de kishmish (raisins secs) explosent dans les principaux mandis de Maharashtra, entraînant une nette correction des prix en Inde et une pression accrue sur les marges export. À Sangli et Tasgaon, l’offre abondante, combinée à une demande intérieure et export atone, installe un biais baissier sur le segment raisins secs, alors que les prix mondiaux restent stables à légèrement fermes.

Cette phase de surabondance intervient alors que Sangli, qui représente près de 80 % de la production indienne de raisins secs et dispose d’une IGP pour ses raisins, fait déjà face à la concurrence des importations en provenance de Chine et d’Asie centrale via l’Afghanistan, accusées par les producteurs d’avoir accentué la chute des prix cette saison.    

Introduction

Depuis une dizaine de jours, les arrivages de kishmish progressent fortement dans les mandis de Sangli et Tasgaon, au cœur de la ceinture de raisins secs du Maharashtra. Les nouvelles récoltes entrent de manière soutenue sur les marchés, avec une production jugée globalement bonne cette campagne, ce qui se traduit par une disponibilité supérieure à la moyenne.

Sur le terrain, les prix de gros en Inde ont reculé d’un niveau équivalent à environ 4,80–5,00 USD/kg à 3,75–3,95 USD/kg, soit d’environ 4,40–4,60 EUR/kg à 3,45–3,65 EUR/kg (taux de change indicatif 1 USD = 0,92 EUR). Dans le même temps, les données de mandis montrent, au 5 mars 2026, des niveaux de prix de l’ordre de 277,50 INR/kg à Sangli et 337,00 INR/kg à Tasgaon, soit approximativement 3,05 EUR/kg et 3,70 EUR/kg respectivement.

🌍 Impact immédiat sur le marché

La combinaison d’une bonne récolte, d’arrivages en hausse et d’une demande prudente pèse directement sur les prix ex-mandi en Inde. La baisse récente de 15–25 % des prix équivalents en EUR par rapport aux niveaux observés il y a deux semaines renforce la compétitivité des offres FOB indiennes, mais réduit les marges des producteurs et des stockistes.

Les cotations FOB New Delhi pour les raisins secs indiens illustrent ce décalage : raisins dorés AA autour de 2,33 EUR/kg, raisins bruns AA à 1,88 EUR/kg et raisins noirs AA à 1,82 EUR/kg, en légère hausse par rapport fin février, alors même que les prix mandis de Maharashtra fléchissent. Cette situation suggère un effet de ciseau entre la pression à la baisse en amont et des prix export qui résistent encore, soutenus par la demande internationale et les coûts logistiques. (Données CMB Broker, mise à jour au 13 mars 2026.)

À l’international, les prix FCA et FOB des principaux origines concurrentes restent relativement stables : raisins sultanines turcs type 9 autour de 2,28–2,58 EUR/kg FOB, offres chinoises standard à environ 2,20–2,23 EUR/kg FCA Europe, et produits chiliens flamme jumbo près de 2,50 EUR/kg FCA Pays-Bas. Cette stabilité extérieure limite pour l’instant la possibilité d’un rebond rapide des prix indiens, en l’absence de reprise de la demande export. (Données CMB Broker, février–mars 2026.)

📦 Perturbations de la chaîne d’approvisionnement

La principale perturbation actuelle n’est pas logistique mais commerciale : les infrastructures de stockage et de conditionnement de Sangli et Tasgaon fonctionnent à haut régime, avec un remplissage rapide des entrepôts et une rotation plus lente des stocks. La disponibilité élevée, couplée à la prudence des stockistes, augmente le risque de congestion dans les chaînes de séchage, de tri et de mise en caisse.

Par ailleurs, les importations de raisins secs en provenance de Chine et de pays d’Asie centrale, acheminées via l’Afghanistan, continuent de perturber le marché local, selon les organisations de producteurs, qui dénoncent une forme de dumping et réclament un relèvement des droits de douane de 30 % à 100 %. Cette concurrence aux portes du pic de récolte indienne accentue la pression sur les prix à la production et pourrait inciter certains opérateurs à retarder les ventes ou à chercher des débouchés alternatifs (alimentation animale, industrie).

Les régions les plus exposées demeurent le cluster Sangli–Tasgaon, mais aussi certaines zones de Solapur et du nord du Karnataka, fortement intégrées à la filière raisins secs de Maharashtra. Les exportateurs basés à Mumbai et Nhava Sheva doivent composer avec un afflux d’offres FOB indiennes à prix agressifs, alors que les carnets de commandes restent modérés.

📊 Produits potentiellement affectés

  • Raisins secs kishmish indiens : impact direct, avec correction des prix en mandis et pression à la baisse sur les offres FOB, notamment pour les grades standards dorés, bruns et noirs AA.
  • Raisins secs turcs (sultanines) : concurrence accrue sur les marchés sensibles au prix (Asie du Sud, Moyen-Orient), l’Inde pouvant proposer des niveaux FOB plus bas à court terme.
  • Raisins secs chinois : sous surveillance en Inde, où les producteurs demandent un durcissement des importations, ce qui pourrait à terme réorienter ces flux vers d’autres marchés asiatiques.
  • Grapes frais indiens : les arbitrages entre vente en frais et transformation en raisins secs peuvent évoluer si la faiblesse des prix du kishmish persiste, modifiant l’offre en fruits frais sur certains marchés intérieurs.
  • Ingrédients pour l’industrie agroalimentaire : boulangerie, confiserie et snacking pourraient bénéficier, à court terme, d’opportunités d’achats à prix réduits en Inde pour sécuriser leurs besoins en raisins secs.

🌎 Implications régionales pour le commerce

Pour la région Inde (IN), la baisse des prix mandis renforce la compétitivité des offres FOB vers les marchés traditionnels d’Asie du Sud (Bangladesh, Sri Lanka), du Moyen-Orient et, dans une moindre mesure, d’Europe. Les importateurs régionaux pourraient profiter de cette fenêtre pour renégocier les contrats à des niveaux plus bas ou avancer leurs achats pour 2026/27.

À l’inverse, les producteurs de raisins secs concurrents dans la région élargie (Turquie, Asie centrale, Chine) pourraient perdre des parts de marché sur les segments sensibles au prix, notamment si l’Inde maintient des offres agressives en EUR. Toutefois, la qualité spécifique des raisins de Sangli, protégés par une IGP, pourrait permettre de segmenter davantage le marché entre produits premium et standard.

Sur le marché domestique indien, les importations de raisins secs via l’Afghanistan restent un point de tension. Si les autorités répondaient aux demandes de hausse tarifaire, les flux d’importation pourraient se détourner vers d’autres hubs régionaux, ce qui soutiendrait les prix intérieurs mais réduirait la disponibilité pour les transformateurs et distributeurs locaux.

🧭 Perspectives de marché

À court terme, les fondamentaux restent clairement baissiers pour le kishmish en Inde : arrivages en hausse, stocks élevés, demande export encore limitée et prudence des acheteurs domestiques. La fenêtre de mars–avril pourrait ainsi se caractériser par une poursuite de la pression sur les prix mandis, avec un risque de nouveaux ajustements à la baisse en EUR si les flux export n’absorbent pas l’excédent.

Les opérateurs suivront de près : l’évolution des droits d’importation sur les raisins secs, les volumes d’achats de la grande distribution indienne et des industriels, ainsi que les signaux de reprise de la demande sur les marchés clés de la région. Un ralentissement des arrivages ou une amélioration tangible des commandes export serait nécessaire pour enclencher un rebond durable des prix.

CMB Market Insight

Pour les négociants, importateurs et industriels, la phase actuelle de faiblesse des prix du kishmish en Inde ouvre une fenêtre tactique d’achats, en particulier sur les grades standards, tout en exigeant une gestion prudente des risques de prix à la baisse. Les acteurs positionnés sur des origines concurrentes devront ajuster leur stratégie commerciale face à une Inde plus agressive en EUR sur les marchés régionaux.

Pour les producteurs et stockistes indiens, la priorité sera de lisser les ventes dans le temps, optimiser la qualité et cibler des niches à plus forte valeur ajoutée (IGP, bio, segments premium) afin de limiter l’érosion des marges. Structurellement, l’épisode confirme la sensibilité extrême de la filière raisins secs aux chocs d’offre et aux arbitrages de politique commerciale, faisant du suivi fin des flux mandis et des décisions tarifaires un élément central de la gestion de risque pour 2026.