Brent au-dessus de 100 €, la backwardation du WTI s’accentue alors que le risque de guerre se heurte aux craintes de demande

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Le WTI et le Brent se négocient en backwardation prononcée, avec des contrats du mois en cours se maintenant au-dessus des 90 USD pour le WTI et des 110 USD pour le Brent, alors que le risque de fourniture lié à la guerre et de solides craquelins de distillats dominent le très court terme.

Les prix du brut restent élevés après la guerre en Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz qui a propulsé le Brent brièvement au-dessus de 120 USD/bbl début mars, mais les valeurs des contrats du mois en cours ont depuis reculé des sommets de panique. Les courbes à terme pour le WTI NYMEX et le Brent ICE montrent une pente fortement descendante des contrats à court terme vers le début des années 2030, signalant un marché payant une prime pour les barils immédiats alors que les attentes à long terme restent ancrées autour de 60 USD/bbl. Les contrats à terme sur le diesel reflètent cette tension avec des prix très élevés à proximité et un fléchissement rapide à l’arrière, soulignant une tension aiguë à très court terme dans les distillats moyens mais un scepticisme quant à la persistance de cette tension actuelle.

📈 Prix & Structure de la courbe à terme

Les derniers règlements montrent que le WTI de mai 2026 est à 98,23 USD/bbl (≈ 90,5 EUR/bbl à 1,085 EUR/USD) et le Brent de mai 2026 à 113,17 USD/bbl (≈ 104,3 EUR/bbl), les deux en hausse d’environ 1 à 3 % dans la journée. La courbe du WTI descend juste en dessous de 100 USD/bbl en mai 2026 vers environ 77 USD d’ici début 2027 et autour de 56 USD/bbl d’ici mi-2036, avec un coût additionnel de seulement quelques dizaines de cents par an à l’extrémité longue. Le Brent présente un profil similaire mais légèrement plus élevé, avec mai 2026 au-dessus de 113 USD/bbl et des contrats à long terme de 2030-2032 regroupés dans les faibles 70.

Étalon Proche (mai 2026) À terme 1 an (mai 2027) À long terme (zone 2030)
WTI (USD/bbl) 98,23 ≈75 ≈66-67
Brent (USD/bbl) 113,17 ≈81 ≈73-74

Le gasoil (diesel) à faible soufre de l’ICE est encore plus tendu à l’avant : avril 2026 se négocie à 1 376,50 USD/t (≈ 1 268 EUR/t), avec une glissade rapide vers ~700 USD/t (≈ 646 EUR/t) d’ici 2029-2030, soulignant des marges exceptionnelles à court terme pour les raffineurs. Cette configuration reflète un marché évaluant un risque à court terme aigu et une tension sur le produit, mais s’attendant à une normalisation et une éventuelle surabondance au cours de la prochaine décennie.

🌍 Offre, Demande & Géopolitique

Le moteur dominant reste la guerre en Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz, qui a temporairement perturbé les flux représentant environ 20 % du pétrole brut et du GNL transportés par mer. Le Brent a atteint plus de 120 USD/bbl début mars, le rallye le plus marqué dû au conflit depuis des décennies, avant de revenir à la baisse alors que certaines routes alternatives et des libérations d’urgence de stocks étaient activées. La reprise partielle des infrastructures d’exportation du Golfe et le retour des installations d’exportation de Ras Tanura de Saudi Aramco après une interruption à la mi-mars ont également contribué à apaiser la panique, bien que les risques de nouvelle perturbation restent élevés.

Du côté de la demande, la consommation de l’OCDE s’affaiblit sous le poids de prix élevés et d’une production industrielle en ralentissement, tandis que la croissance non-OCDE reste positive mais moins explosive que lors des cycles de hausse précédents. Des évaluations antérieures de l’AIE et de l’OPEP ont déjà souligné un potentiel excédentaire considérable en 2026 si toute la capacité annoncée non-OPEP et OPEP+ entre en ligne, impliquant que la tension actuelle est davantage liée à la logistique et à la géopolitique qu’à une rareté structurelle. Ce contexte aide à expliquer pourquoi les contrats à terme 2028-2030 sont toujours ancrés autour de 60-70 USD/bbl malgré le Brent du mois en cours se négociant bien au-dessus de 100 USD/bbl.

📊 Produits & Écarts de craquelins

Le gasoil/diesel signale les conditions les plus tendues dans le baril. Les contrats à terme de diesel ICE pour avril-juin 2026 sont tous au-dessus de 1 050 USD/t, impliquant des craquelins de diesel exceptionnellement forts par rapport au brut et de robustes marges de raffinage en Europe. La backwardation est forte : d’ici fin 2027, le diesel tombe dans les 700 USD/t et tend vers ~700 USD/t d’ici 2029-2030, indiquant des attentes de normalisation des stocks et d’une demande de distillats moyens affaiblie à moyen terme.

Les marchés de carburant au détail en Europe et dans certaines parties de l’Europe de l’Est ressentent déjà la pression, aggravée par des décisions politiques régionales telles que des restrictions à l’exportation de diesel vers l’Ukraine. Pour les raffineurs ayant accès à une fourniture de brut sécurisée, cet environnement est très rentable à court terme. Pour les consommateurs et les secteurs à forte intensité de transport, le risque est qu’une nouvelle perturbation dans la logistique du Golfe ou de nouvelles sanctions pourraient pousser les prix du diesel vers ou au-dessus des récents sommets même si le brut se stabilise.

🌦️ Météo & Signaux de demande à court terme

Alors que l’hémisphère nord sort de la demande hivernale de pointe, le soutien saisonnier pour le fioul de chauffage et le diesel commence à s’estomper. Cependant, la saison de transition pourrait voir des données d’inventaire hebdomadaires volatiles alors que les raffineurs effectuent des maintenances et ajustent les rendements entre l’essence et les distillats avant la saison de conduite estivale. Dans les principales régions consommatrices (Amérique du Nord, Europe, Asie du Nord-Est), aucune anomalie météorologique extrême n’est actuellement prévue pour les prochaines semaines qui modifierait drastiquement la demande, laissant la géopolitique et les données sur les stocks comme principaux catalyseurs de prix à court terme.

📆 Perspectives de trading & Scénarios de risque

  • Biais (prochaines 1-2 semaines) : Modérément haussier mais très volatile. Une backwardation forte et des craquelins de diesel élevés justifient une force continue dans le Brent et le WTI à proximité, tant que les flux du détroit d’Ormuz restent contraints.
  • Risques à la hausse clés : Nouvelles attaques sur l’infrastructure énergétique du Golfe, fermeture prolongée de l’Ormuz, ou nouvelles sanctions limitant les exportateurs alternatifs. Un tel choc pourrait pousser le Brent de mai/juin 2026 à revenir vers ou au-dessus des récents sommets au-dessus de 120 USD/bbl.
  • Risques à la baisse : Désescalade diplomatique rapide dans le conflit iranien, restauration plus rapide que prévu du trafic de tankers, ou preuves d’une destruction nette de la demande dans les données OCDE. La psychologie du marché a déjà montré que les prix peuvent chuter de plus de 20 USD/bbl en quelques jours lorsque le risque de guerre perçu diminue.
  • Courbe & couverture : La backwardation très forte favorise les producteurs qui vendent dans la force de court terme et verrouillent les prix 2026-2027, tandis que les utilisateurs finaux pourraient envisager de superposer des couvertures à long terme là où le Brent/WTI se négocie près de 70 USD/bbl équivalents.

📉 Vue directionnelle sur 3 jours (indicative, en EUR)

  • WTI (NYMEX, mois en cours) : Négocié autour de 90-92 EUR/bbl. Attendez-vous à un commerce chaotique latéral à légèrement haussier au cours des trois prochaines sessions, avec une plage intrajournalière de 5 à 8 EUR/bbl tirée par les titres de guerre et les données sur les stocks américains.
  • Brent (ICE, mois en cours) : Autour de 104-106 EUR/bbl. Probablement au-dessus du WTI, avec une marge pour tester l’extrémité supérieure de la plage récente s’il y a de nouvelles perturbations dans les exportations du Golfe.
  • Diesel (ICE gasoil, mois en cours) : Près de 1 260-1 280 EUR/t équivalent. Risque à court terme biaisé à la hausse par rapport au brut, en particulier en Europe, alors que les raffineurs gèrent des balances physiques tendues et des craquelins élevés.