Le prix de l’huile de palme recule depuis ses récents sommets alors que le risque El Niño plane sur 2027
Les contrats à terme sur l’huile de palme au MDEX corrigent depuis leurs sommets, tandis que l’El Niño imminent et le mandat de biodiesel B50 en Indonésie resserrent l’offre 2027. Synthèse des perspectives de trading en EUR.
Prix
Les dernières données du MDEX (10 juillet 2026) montrent un recul généralisé sur l’ensemble de la courbe des contrats à terme sur l’huile de palme. Le contrat proche juillet 2026 a terminé à 4 455 MYR/t (−0,6% j/j), tandis que l’échéance active septembre 2026 a clôturé à 4 513 MYR/t (−1,8% j/j). Plus loin, les contrats jusqu’à mi‑2027 ont reculé d’environ 1,0–1,8%, avec la plupart des clôtures regroupées dans une fourchette étroite de 4 545–4 677 MYR/t, reflétant une structure à terme relativement plate.
Convertir les principales échéances proches en EUR, en utilisant un taux indicatif de 1 EUR = 5,1 MYR, positionne juillet 2026 autour de 874 EUR/t et septembre 2026 près de 885 EUR/t. Les indications récentes sur le physique CPO en Malaisie pour une livraison en juillet, aux environs de 4 480 MYR/t, sont globalement en ligne avec ces niveaux à terme, ce qui confirme que le mouvement actuel constitue une correction modérée plutôt qu’une rupture structurelle à la baisse.
Offre et demande
Du côté de l’offre, la production mondiale d’huile de palme en 2026/27 ne devrait croître que marginalement, la production de la Malaisie étant prévue autour de 19,7 millions de tonnes dans un contexte de contraintes de main‑d’œuvre et de craintes que l’El Niño émergent ne limite les gains de rendement. L’Indonésie demeure le producteur dominant, mais une part croissante de sa récolte sera consommée localement en raison des politiques de biocarburants. À compter du 1er juillet 2026, la mise en œuvre par l’Indonésie d’un mandat de biodiesel B50 augmente fortement l’utilisation domestique d’huile de palme pour l’énergie, réduisant la disponibilité à l’exportation.
La demande reste soutenue par les secteurs alimentaire et oléochimique, tandis que l’absorption liée à l’énergie devrait se renforcer de nouveau si les prix du pétrole brut se stabilisent ou remontent. Des analyses récentes de banques et d’agences régionales soulignent que le B50 pourrait resserrer significativement l’excédent exportable mondial, en particulier si des problèmes d’offre liés à la météo se manifestent simultanément en Malaisie et en Indonésie. Les importateurs d’huiles comestibles en Inde, en Chine et dans l’UE devraient donc être confrontés à une concurrence accrue pour les cargaisons maritimes à l’horizon 2027.
Météo et perspectives El Niño
Les conditions actuelles dans les principales régions de culture de palmier à huile en Malaisie et en Indonésie sont globalement proches de la normale, avec une humidité des sols adéquate après un mois de juin saisonnièrement humide. Toutefois, les perspectives climatiques pour juin–août 2026 indiquent le développement de schémas de type El Niño, avec une diminution de la nébulosité et une tendance à un temps plus sec sur certaines parties de l’Asie du Sud‑Est.
Plus important pour les marchés, la NOAA a relevé à plus de 80% la probabilité d’un El Niño très fort pour octobre–décembre 2026, ce qui, historiquement, a réduit les rendements du palmier à huile de 2–5% lors des épisodes les plus sévères, l’impact principal sur la production se matérialisant l’année suivante. Les prévisionnistes malaisiens mettent également en garde contre un possible El Niño jusqu’au début 2027, ce qui implique un risque baissier croissant pour la production 2027 si les déficits de précipitations persistent.
Fondamentaux et climat de marché
La faible backwardation et le regroupement serré des prix MDEX entre fin 2026 et mi‑2027 reflètent un marché qui anticipe une offre contrainte mais pas encore une pénurie avérée. Le repli des contrats proches est lié à la faiblesse des prix du pétrole brut et à quelques prises de bénéfices après un rallye qui a porté le CPO dans la fourchette 4 400–4 650 MYR/t projetée pour juillet par les organismes professionnels.
Sur le plan fondamental, la balance des risques semble orientée à la hausse : toute confirmation d’impacts sévères d’El Niño sur les précipitations effectives, ou des signes de fortes baisses de stocks liées au biodiesel en Indonésie, pourrait pousser la courbe plus haut. À l’inverse, des vents contraires macroéconomiques et la concurrence d’autres huiles végétales (en particulier l’huile de soja et de tournesol) pourraient plafonner les rallyes si la croissance mondiale ralentit ou si d’autres cultures oléagineuses surprennent positivement.
Perspectives de trading
- Producteurs / Vendeurs : Profiter de la faiblesse actuelle des prix dans la fourchette 4 450–4 550 MYR/t (≈ 870–890 EUR/t) sur les contrats MDEX proches pour mettre en place progressivement des couvertures supplémentaires pour le T4 2026–T2 2027, compte tenu des risques haussiers liés à El Niño et au B50.
- Consommateurs / Raffineurs : Envisager de constituer des couvertures par paliers sur les replis de prix pour des livraisons fin‑2026 et début‑2027, mais éviter une sur‑couverture trop lointaine tant que l’impact d’El Niño sur la production réelle et sur les autres cultures oléagineuses reste incertain.
- Intervenants spéculatifs : La récente correction de 1–2% offre un point d’entrée plus attractif pour des positions longues de moyen terme, avec un risque baissier clairement défini près des récents supports techniques et un potentiel haussier lié aux chocs éventuels de météo et de politique.
Perspective directionnelle à 3 jours (en EUR)
- MDEX échéance proche (juil.–sept. 2026, Malaisie) : Évolution latérale à légèrement ferme en termes d’EUR, une légère faiblesse du MYR pouvant compenser de petits gains de prix en MYR.
- Physique CIF Europe oléine de palme raffinée : Légèrement soutenue, suivant le MDEX et le pétrole brut ; les acheteurs pourraient constater une marge de baisse supplémentaire limitée au cours des 2–3 prochaines séances.
- Valeur relative vs huile de soja : L’huile de palme devrait conserver une décote, mais toute intensification des craintes liées à El Niño pourrait réduire légèrement l’écart à très court terme.