Les cours de l’avoine suivent le rallye du blé, mais le marché physique reste étonnamment calme
Les contrats à terme sur l’avoine au CBOT se raffermissent sous l’effet du choc sur le blé de la mer Noire, mais les prix au comptant de l’avoine fourragère en EUR dans l’UE restent stables, dans un contexte d’offre abondante et de demande modérée. Synthèse des perspectives de trading.
Prix
Les contrats à terme sur l’avoine au CBOT se sont raffermis à la suite du mouvement explosif sur le blé. L’échéance rapprochée septembre 2026 a dernièrement été traitée à 337,00 USc/bu, en hausse de 3,50 cents (+1,05 %) sur la séance, tandis que le contrat décembre 2026 s’établit à 362,25 USc/bu, en hausse de 1,25 cent (+0,35 %). Plus loin sur l’échéancier, les contrats mars et mai 2027 ont bondi d’environ 5,4–5,5 % par rapport à la clôture précédente, reflétant la forte hausse des primes de risque sur les céréales.
Sur le marché physique européen, en revanche, l’avoine fourragère reste stable. Les prix EXW Drentwede pour l’avoine fourragère allemande se situent autour de 0,195 EUR/kg (≈ 195 EUR/t), inchangés depuis le 21 août après une légère hausse depuis 188 EUR/t à la mi‑août. L’avoine fourragère ukrainienne FCA Odessa est proposée autour de 0,19 EUR/kg (≈ 190 EUR/t), également stable depuis le 20 août après un repli depuis 200–220 EUR/t plus tôt dans le mois. Les prix de référence de l’avoine fourragère dans les ports du nord de l’UE, comme Hambourg, sont rapportés autour de 175–180 EUR/t pour août, seulement légèrement plus bas sur le mois et pratiquement stables ces derniers jours, ce qui témoigne d’un environnement au comptant équilibré.
Offre et demande
Fondamentalement, la situation de l’avoine est plus confortable qu’au cours de la campagne tendue 2023/24. En Europe, la sole en avoine pour la campagne de commercialisation 2026/27 devrait légèrement reculer par rapport à l’année précédente, tout en restant historiquement élevée, les agriculteurs considérant toujours l’avoine comme relativement rentable par rapport aux autres céréales de printemps. Parallèlement, l’utilisation en alimentation animale est sous pression en raison de bonnes conditions de pâturage et de la concurrence des autres céréales, ce qui modère la demande du secteur de l’élevage.
Du côté de la consommation, l’usage alimentaire et industriel de l’avoine poursuit sa tendance haussière, porté par les produits de petit‑déjeuner à base d’avoine et les boissons d’origine végétale. Cela soutient la demande de mouture, mais pas encore suffisamment pour bouleverser l’équilibre abondant des céréales fourragères. Les échanges intra‑UE et les exportations restent actifs mais non perturbateurs, les origines excédentaires parvenant encore à écouler avoine et sous‑produits sur le marché européen, ce qui souligne un environnement structurellement bien approvisionné malgré la fiabilité réduite de la mer Noire pour le blé.
Météo et état des cultures
Les conditions météorologiques dans les principales régions productrices d’avoine ne laissent pas actuellement présager de choc d’offre aigu. Dans les Prairies canadiennes, où l’avoine est une culture majeure, les températures moyennes de la saison de croissance jusqu’à la mi‑août sont très proches de la normale de long terme, ce qui suggère un développement globalement typique jusqu’à présent. Les prévisions à court terme jusqu’au début septembre annoncent un mélange de temps chaud et perturbé, avec suffisamment de fenêtres sèches pour permettre l’avancée des récoltes, même si des averses pourraient ponctuellement ralentir les travaux des champs dans certaines zones.
En Europe, aucun nouveau risque météo majeur n’a émergé ces derniers jours qui pourrait modifier substantiellement les perspectives pour l’avoine avant la fin de la récolte. Après un épisode de chaleur plus marqué, les conditions en Europe du Nord et de l’Ouest reviennent globalement vers les normales saisonnières, permettant aux céréales de printemps restantes de terminer leur cycle sans stress généralisé. Globalement, le facteur météo est neutre à légèrement favorable pour les rendements dans les principales zones d’avoine, ce qui renforce l’image d’une offre physique adéquate.
Fondamentaux et facteurs externes
Le moteur immédiat de la flambée des céréales cette semaine est géopolitique, et non spécifique à l’avoine. Les contrats à terme sur le blé ont enregistré leur plus forte hausse quotidienne depuis plusieurs semaines après des informations selon lesquelles la Russie pourrait intensifier ses frappes de missiles sur Kyiv et que les réparations dans un grand terminal céréalier de Novorossiysk pourraient durer jusqu’à quatre mois. Cela a ébranlé les importateurs et déclenché une ruée vers des origines alternatives de blé en Europe de l’Ouest, avec un regain d’intérêt pour l’offre française de la part de l’Égypte et d’autres acheteurs.
Ces dynamiques sur le blé se répercutent sur l’avoine via une revalorisation globale du risque sur les céréales. Les fonds d’investissement ont accru leurs positions nettes longues sur le blé meunier européen, tandis que les opérateurs commerciaux renforcent leurs positions vendeuses, un schéma classique lorsque le marché intègre un risque sur l’offre. L’avoine, marché plus petit et moins liquide, a tendance à suivre les signaux directionnels des grandes céréales plutôt qu’à définir sa propre tendance. Tant que les stocks physiques d’avoine resteront confortables et la demande atone, la justification fondamentale d’un rallye durable et autonome de l’avoine restera limitée, mais la volatilité pourra continuer à être importée depuis le blé et le maïs.
Perspectives à court terme et idées de trading
- Biais de prix (3–7 jours) : Légèrement haussier pour l’avoine au CBOT tant que l’incertitude en mer Noire maintient le blé à des niveaux élevés, mais avec une probable sous‑performance par rapport au blé et au maïs en cas de nouvelle flambée.
- Producteurs (UE) : Utiliser la fermeté actuelle des contrats à terme pour mettre en place des ventes à terme progressives en petites quantités pour l’avoine fourragère, en particulier lorsque les offres départ ferme proches de 190–200 EUR/t couvrent les coûts de production. Éviter de vendre massivement en une seule fois compte tenu de la volatilité géopolitique.
- Acheteurs d’aliments pour bétail : Maintenir une stratégie d’achats échelonnés à la baisse. Les conditions physiques bien approvisionnées vont à l’encontre d’une couverture précipitée ; envisager d’allonger légèrement la couverture si les prix locaux reviennent vers la zone médiane des 170 EUR/t.
- Spreads et couverture : Surveiller les spreads avoine–blé. Si le blé reste fortement porté par une prime de risque tandis que l’avoine suit avec retard, des opportunités de couverture relative (vente de blé/achat d’avoine) peuvent apparaître pour les intervenants avertis, mais les contraintes de liquidité sur l’avoine exigent un contrôle de risque strict.
Vue directionnelle sur 3 jours (en EUR)
- Valeurs d’avoine liées au CBOT (équivalent EUR) : Légèrement plus fermes à latérales ; marge pour des variations additionnelles de 1–3 % au gré des nouvelles sur le blé.
- Allemagne (EXW avoine fourragère) : Évolution latérale autour de ~195 €/t ; les fondamentaux locaux ne justifient pas encore une répercussion un‑pour‑un de la volatilité des contrats à terme.
- Ukraine (FCA Odessa avoine fourragère) : Stable à légèrement plus faible autour de ~190 €/t, les primes de risque logistique se répercutant pour l’instant davantage sur le blé que sur l’avoine.