Les cours du soja sous pression après la hausse des disponibilités de vieille récolte et des stocks oléagineux dans le rapport USDA
Le rapport de juin de l’USDA relève la production de vieille récolte de soja et les stocks mondiaux d’oléagineux, pesant sur les prix du soja malgré une demande de trituration ferme. Principaux signaux de prix, d’offre et de commerce.
Prix & spreads
Le rapport de juin de l’USDA a déclenché une nouvelle jambe de baisse sur les contrats de référence. Les contrats à terme soja échéance juillet à Chicago ont reculé de 0,7 % à environ 409,7 USD/t après la publication, soit environ 10 % en dessous des niveaux observés après le rapport de mai, tandis que l’échéance novembre se traite seulement environ 7 USD/t au‑dessus de juillet, signalant une courbe à terme relativement plate et une prime de stockage limitée pour conserver les graines.
Les cotations physiques reflètent ce ton assoupi. Converties en EUR (en utilisant ~1 USD = 0,93 EUR ; ~1 unité locale = 0,0010–0,0011 EUR pour l’ARS), les offres FOB de soja indiquent actuellement :
Offre & demande : bilan confortable, rebond argentin
Le principal moteur baissier reste la progression régulière du complexe oléagineux mondial. Pour 2025/26, le Foreign Agricultural Service de l’USDA a relevé la production mondiale d’oléagineux de 2,15 Mt à 700,65 Mt, essentiellement via une révision à la hausse de 2 Mt de la récolte de soja argentine à 50 Mt. La bourse de Rosario estime désormais la récolte encore un peu plus haut, à 51,5 Mt, ce qui suggère davantage de report sur 2026/27 et renforce la pression baissière sur les références internationales.
À plus long terme, l’USDA a légèrement relevé la prévision de production mondiale d’oléagineux pour 2026/27 à un record de 718,2 Mt, contre 700,65 Mt en 2025/26 et 686,65 Mt en 2024/25. Cette hausse vient principalement du tournesol, pas du soja : la production mondiale de tournesol a été augmentée de 0,3 Mt à 62,06 Mt, tandis que la récolte de soja 2026/27 a été réduite de 0,2 Mt à 441,34 Mt. Malgré cette légère coupe sur le soja, le bilan global des oléagineux reste clairement confortable grâce à une bonne disponibilité en tournesol et colza et à des stocks de vieille récolte de soja plus élevés.
La demande de trituration continue de croître régulièrement. Le concassage mondial d’oléagineux pour 2026/27 est attendu à 606,74 Mt, contre 587,5 Mt en 2025/26 et 568,9 Mt en 2024/25. Cependant, cette croissance de la demande est plus que compensée par l’offre, les stocks finaux mondiaux d’oléagineux en 2026/27 étant projetés à 146,99 Mt, légèrement au‑dessus des 146,57 Mt de 2025/26 et bien au‑dessus des 136,1 Mt de 2023/24. Pour le soja, cela se traduit par une couverture de pipeline confortable et des primes de risque réduites, ce qui limite le potentiel de rallys météo tant qu’aucun choc majeur de production ne se matérialise.
Signaux inter‑marchés : tournesol, colza & énergie
Les évolutions sur les oléagineux concurrents renforcent la tonalité baissière du soja. La production mondiale de tournesol pour 2026/27 est attendue à 62,06 Mt, en forte hausse par rapport à 55,25 Mt en 2025/26 et 53,0 Mt en 2024/25, avec une estimation de récolte en Russie relevée à 19,5 Mt et l’Ukraine stable à 13,5 Mt. Une abondante disponibilité en tournesol tend à plafonner les prix des huiles végétales et à réduire le potentiel haussier de l’huile de soja, un des principaux moteurs de valeur dans le crush soja.
En Ukraine, les prix des graines de tournesol se sont raffermis à environ 341–346 USD/t rendu usine (≈ 317–322 EUR/t), principalement en raison de la dépréciation de la monnaie, tandis que les prix à l’export de l’huile de tournesol sont stables autour de 1 320–1 330 USD/t (≈ 1 228–1 238 EUR/t) rendu port. Ces niveaux relativement stables de l’huile de tournesol, combinés à une production de colza en hausse (96,9 Mt prévus pour 2026/27 vs 95,57 Mt en 2025/26), pointent vers un complexe des huiles végétales globalement bien approvisionné, réduisant le besoin de surenchère agressive sur l’huile de soja.
Les marchés de l’énergie ajoutent un vent contraire supplémentaire. Le Brent a chuté d’environ 17,5 % sur le mois pour revenir autour de 88,5 USD/bbl (≈ 82 EUR/bbl). Avec des prix qui peinent à repasser au‑dessus du seuil psychologique des 90 USD/bbl, la demande discrétionnaire de biodiesel et l’appétit des investisseurs pour l’ensemble du complexe matières premières pourraient rester contenus, ce qui pèse davantage sur l’intérêt pour le soja et les autres oléagineux.
Météo & contexte régional
La météo demeure un facteur de risque clé à court terme, mais les signaux actuels ne compensent pas le caractère fondamentalement confortable du bilan. Les dernières prévisions indiquent des conditions saisonnières typiques dans les principales zones soja d’Amérique du Sud, comme Rosario en Argentine, avec des passages nuageux, des averses et des températures proches des normales, des conditions globalement favorables aux travaux des champs et à l’humidité des sols pour le prochain cycle.
Aux États‑Unis, les prévisions à moyen terme des agences nationales mettent en avant des schémas contrastés avec des orages localisés, mais pas de sécheresse généralisée et prolongée dans le cœur de la ceinture soja à ce stade. Cela signifie que les primes de risque météo intégrées dans les futures restent modestes par rapport aux années de sécheresse marquée ou d’inondations, laissant les facteurs macroéconomiques et le lourd bilan mondial comme principaux moteurs des prix à très court terme.
Perspectives de trading & direction à 3 jours
Pistes de stratégie (court terme)
- Producteurs / Vendeurs : Avec des bilans mondiaux confortables et l’échéance juillet déjà 10 % sous les niveaux d’après‑mai, privilégier des couvertures progressives sur les rebonds plutôt que de vendre aux plus bas actuels. Utiliser de modestes reprises de prix ou des épisodes de nervosité météo pour étendre la couverture jusqu’au T4 2026.
- Importateurs / Tritureurs : La combinaison de disponibilités argentines plus élevées, d’une bonne offre en tournesol et colza et d’un pétrole plus faible plaide pour une stratégie d’achats sur replis. Échelonner les achats afin de profiter d’un éventuel affaiblissement supplémentaire, tout en évitant d’être totalement découverts en cas de problème météo soudain aux États‑Unis.
- Intervenants spéculatifs : La courbe à terme plate et des stocks confortables favorisent une position prudemment baissière ou de trading en range, avec un risque haussier principalement lié à des chocs météo ou à un fort rebond des prix de l’énergie.
Indication régionale des prix à 3 jours (direction en EUR)
- Références indexées CME (équivalents UE en EUR/t) : Légère orientation baissière, les marchés continuant d’intégrer la récolte argentine plus importante et la hausse des stocks mondiaux.
- Mer Noire (Ukraine, FOB Odesa) : Légèrement lourd à stable ; la concurrence à l’export de l’Amérique du Sud et l’abondance de l’offre d’oléagineux limitent tout rebond.
- Golfe US / débouchés atlantiques : Globalement stable, les niveaux de base protégeant partiellement les prix locaux, mais les futures instillant une tonalité prudente.