Rebond des contrats à terme sur le pétrole brut mais la courbe à terme anticipe des prix plus bas à long terme
Les contrats à terme WTI et Brent ont fortement progressé le 8 juillet, mais la courbe à terme reste en contango marqué et les primes de risque s’atténuent. Potentiel haussier à court terme, vents contraires à plus long horizon.
Prix & Structure de courbe
Le contrat NYMEX WTI août 2026 a clôturé à environ 73,5 USD/bbl le 8 juillet, en hausse d’environ 4,2 % sur la séance, tandis que le contrat Brent septembre 2026 sur ICE a terminé proche de 79,2 USD/bbl, en hausse de 6,4 %. L’avant de la courbe se traite donc dans une fourchette de bas à milieu 70 USD pour le WTI et de haut 70 USD pour le Brent, signalant un niveau de prix ferme mais non extrême par rapport aux pics de crise plus tôt cette année.
Au‑delà des premiers mois, la courbe WTI s’incline régulièrement à la baisse : fin 2028, le WTI se traite juste au‑dessus de 66 USD/bbl, glissant vers environ 62 USD/bbl fin 2031 et vers 54–55 USD/bbl à la mi‑2036. Le Brent présente une trajectoire similaire, avec décembre 2028 autour de 70,5 USD/bbl et l’extrémité (début 2038) proche de 64,7 USD/bbl. Les gains journaliers en pourcentage du 8 juillet se réduisent d’environ 3–6 % en tête de courbe à moins de 1 % à partir de 2029, ce qui souligne que le dernier rallye est concentré sur les maturités proches plutôt que sur les anticipations de long terme.
(Valeurs en EUR basées sur un taux indicatif de 1 EUR = 1.08 USD.)
Offre, demande & géopolitique
Du côté de l’offre, les membres de l’OPEP+ viennent d’approuver une nouvelle augmentation collective modeste de la production d’environ 188 kb/j à partir d’août, soit la cinquième hausse mensuelle consécutive, alors que les prix reviennent vers leurs niveaux d’avant‑guerre. Cela confirme que les producteurs privilégient une reprise progressive de leurs parts de marché plutôt que la défense des prix très élevés observés au plus fort des perturbations dans le détroit d’Ormuz plus tôt cette année. Dans le même temps, les flux maritimes via le détroit s’améliorent à la suite d’un accord intérimaire entre les États‑Unis et l’Iran, ce qui atténue la tension physique extrême qui avait brièvement propulsé le Brent au‑dessus de 120 USD/bbl en mars.
L’offre non‑OPEP est également en hausse, avec de récentes analyses mettant en avant des exportations russes et kazakhes solides alors que certaines raffineries tournent à des cadences réduites, libérant du brut pour le marché maritime. Combiné aux augmentations progressives de l’OPEP+, cela pointe vers un risque de surapprovisionnement à l’horizon fin 2026 et 2027 si la demande ne surprend pas positivement. Pour l’instant, la demande reste soutenue par la reprise de la consommation asiatique, en particulier en Chine, qui devrait constituer le principal moteur d’absorption des barils supplémentaires à mesure que la production du Moyen‑Orient se normalise.
Marchés des produits & marges de raffinage
Les contrats à terme sur les produits raffinés ont surperformé le brut lors du dernier mouvement : le contrat front‑month ICE low‑sulphur gasoil (diesel) pour juillet 2026 a bondi de plus de 11 % le 8 juillet, pour clôturer autour de 1095 USD/t. Un tel rallye, supérieur aux gains de 4–6 % des références de brut, implique un élargissement des marges de crack sur les distillats moyens et des marges de raffinage très attractives en Europe.
Ce schéma est cohérent avec les observations antérieures selon lesquelles les cracks gasoil s’étaient resserrés puis redressés à mesure que la demande saisonnière et les évolutions d’offre entraient en jeu. La structure actuelle de la courbe des contrats à terme sur le gasoil, avec les échéances proches nettement au‑dessus de la zone 700–800 USD/t plus loin sur la courbe, suggère que le marché anticipe un desserrement progressif de la tension sur le diesel, sans disparition rapide. Pour les raffineurs, cela incite à des taux d’utilisation élevés à court terme, tandis que pour les utilisateurs finaux cela plaide pour une gestion active de l’exposition au diesel compte tenu de la volatilité des cracks.
Perspectives & implications pour le trading
À l’horizon, le contango marqué, allant du milieu des 70 USD pour le Brent au comptant vers le bas des 60 USD au début des années 2030, reflète les attentes suivantes : (1) un retour additionnel de l’offre OPEP+ et non‑OPEP à mesure que les goulets d’étranglement géopolitiques s’estompent ; (2) des gains d’efficacité continus et un ralentissement de la croissance de la demande dans les économies de l’OCDE ; et (3) un niveau d’investissement à terme suffisant pour contenir les risques de rareté à long terme. Les prévisions officielles récentes anticipaient déjà des accumulations de stocks jusqu’en 2026, la nouvelle offre dépassant la demande, ce qui exerce une pression baissière sur les prix au fil du temps.
À plus court terme, toutefois, l’équilibre reste sensible au rythme de normalisation dans le détroit d’Ormuz et à la discipline de l’OPEP+. Tout revers dans le processus de paix ou toute nouvelle perturbation du transport maritime pourrait rapidement regonfler la prime de risque en tête de courbe. À l’inverse, un redressement plus rapide que prévu des exportations du Golfe, conjugué au maintien des flux russes et kazakhs, renforcerait le scénario de surabondance et pèserait sur les prix des premières échéances, en particulier si les indicateurs macroéconomiques déçoivent.
Points stratégiques pour les acteurs du marché
- Consommateurs physiques (Europe) : Mettre à profit le rebond actuel pour étendre modérément la couverture jusqu’à fin 2026 et début 2027, mais éviter de sur‑couvrir au‑delà de deux ans, là où la courbe intègre déjà des niveaux en EUR/bbl nettement plus bas.
- Producteurs : Envisager de renforcer progressivement les couvertures sur la partie 2027–2030 de la courbe, où le contango offre encore des prix à terme relativement attractifs par rapport aux prévisions de long terme, tout en conservant un certain potentiel de hausse lié au risque géopolitique sur les premières échéances.
- Raffineurs : Capitaliser sur la vigueur des cracks gasoil en 2026 en verrouillant les marges via des spreads de crack, mais se préparer à une normalisation des primes diesel d’ici 2027–2028 à mesure que la courbe gasoil s’aplatit.
Vue directionnelle à 3 jours (références clés, en EUR)
- WTI première échéance (CME) : Biais légèrement haussier à neutre autour de 66–70 EUR/bbl, avec des pointes ponctuelles possibles en cas de dégradation des nouvelles sur Ormuz.
- Brent première échéance (ICE) : Probablement cantonné dans une bande de 71–76 EUR/bbl, en suivant de près les informations sur l’OPEP+ et le transport maritime.
- ICE Gasoil première échéance : Élevé, avec un potentiel de consolidation autour de 980–1040 EUR/t, à mesure que raffineurs et utilisateurs finaux réévaluent leur couverture diesel après le vif rallye.