La courbe du Brent se redresse tandis que les produits mènent le rallye
Les contrats à terme sur le Brent et le WTI prolongent leurs gains avec une backwardation plus marquée, tirés par la vigueur du gasoil ICE. Analyse de la structure de terme, des signaux de stocks et des perspectives de trading.
Les contrats à terme sur le Brent et le WTI ont prolongé leur mouvement haussier le 18 août 2026, avec le début de la courbe en tête et le gasoil ICE s’envolant encore plus fortement. La structure de terme affiche une forte backwardation, signalant une offre proche tendue et une demande physique ferme, en particulier sur les distillats moyens.
Le Brent octobre 2026 a clôturé juste au‑dessus de 91 USD/bbl, soit environ 9–10 USD au‑dessus des contrats à partir de fin 2028, tandis que le WTI présente un profil similaire mais légèrement plus plat autour de 85 USD/bbl sur le mois proche. Le gasoil ICE à faible teneur en soufre a gagné plus de 2 % sur l’ensemble de la courbe forward, soulignant de fortes marges de raffinage pour les distillats. Les commentaires récents sur les stocks font état de ponctions continues dans les stocks commerciaux américains et de nouvelles sorties de la réserve stratégique (SPR), renforçant l’impression d’un marché spot fondamentalement tendu malgré une production américaine stable et une demande asiatique résiliente.
Prix & structure de terme
Le Brent octobre 2026 a clôturé à 91,33 USD/bbl, en hausse de 0,46 USD sur la séance, avec novembre à 89,76 et décembre à 87,71. La courbe reste clairement en backwardation, les prix glissant progressivement vers environ 73–74 USD/bbl d’ici fin 2029 et le bas des 60 USD entre 2032 et 2035. Le WTI affiche le même schéma : septembre 2026 à 85,27 USD/bbl, se détendant vers le haut des 60 USD d’ici 2029 et le milieu des 50 USD au milieu des années 2030.
Sur les produits raffinés, le gasoil ICE septembre 2026 a clôturé près de 1 309 USD/t, en hausse de 2,25 % sur la séance, avec l’ensemble du segment proche gagnant autour de 2–2,6 %. Cette surperformance par rapport au brut met en évidence des marges de distillats (cracks) robustes et une forte demande en diesel et combustibles de chauffage à l’approche de l’automne, en particulier en Europe.
Remarque : les approximations en EUR supposent un taux EUR/USD ≈ 1,10.
Offre, demande & stocks
Les données hebdomadaires récentes de l’EIA et les commentaires de marché font apparaître une série de ponctions importantes sur le brut américain depuis le début du T2, récemment interrompue seulement par une petite reconstitution. Les stocks commerciaux de brut et de produits restent en dessous des niveaux observés plus tôt dans l’année, tandis que la réserve stratégique américaine (SPR) continue de diminuer, ses volumes étant tombés sous les 300 millions de barils début août.
Du côté de la demande, les intervenants de marché soulignent la résilience de la consommation asiatique, sans destruction notable de demande de brut en Chine malgré les inquiétudes macroéconomiques. Parallèlement, les taux de marche des raffineries restent élevés jusqu’à la fin de la saison de conduite dans l’hémisphère nord, maintenant un appel fort sur le brut et en particulier sur les barils riches en diesel. Cette combinaison d’une consommation ferme et d’une limitation de la reconstitution visible des stocks soutient la backwardation actuelle.
Signaux de courbe & fondamentaux
La courbe du Brent montre environ 17–18 USD/bbl de backwardation entre octobre 2026 (autour de 91 USD/bbl) et début 2030 (autour de 71–72 USD/bbl), et plus de 30 USD/bbl par rapport aux contrats très longs de 2035. Le WTI présente une forme comparable avec un écart de court terme légèrement plus étroit. Une structure aussi pentue est un signal classique de bilans spot tendus et incite au déstockage des inventaires aériens.
Parallèlement, les contrats à terme deuxième échéance sur le WTI comme sur le Brent ont récemment surperformé les contrats mois proche, ce qui suggère des rachats de positions vendeuses et un rééquilibrage des positions le long de la courbe plutôt qu’un achat uniquement axé sur le spot. La vigueur des prix du gasoil et des cracks de distillats indique que les raffineurs sont incités à maximiser les rendements en distillats moyens, ce qui devrait soutenir des taux de marche robustes tant que la demande de produits et les marges tiennent.
Perspectives à court terme & idées de trading
Avec une backwardation marquée et de forts cracks de distillats, le biais à court terme sur les contrats mois proche Brent et WTI reste modérément haussier, mais avec une sensibilité croissante aux corrections macroéconomiques et des actifs risqués. La poursuite des ponctions de la SPR et le faible niveau des stocks commerciaux laissent peu de marge de manœuvre face à d’éventuelles perturbations de l’offre, ce qui limite le potentiel de baisse tant que la demande reste solide.
- Producteurs : Envisager de mettre en place des couvertures par paliers dans la zone 85–90 USD/bbl sur le Brent pour fin 2026 et 2027, tout en conservant un certain potentiel de hausse compte tenu de fondamentaux tendus.
- Consommateurs (raffineurs, compagnies aériennes, transport) : Utiliser la backwardation actuelle pour sécuriser des barils à terme en 2028–2030, lorsque les prix tombent dans le bas à milieu des 70 USD/bbl (≈ bas à milieu des 60 EUR), en équilibrant risque de prix, contraintes de stocks et de crédit.
- Traders : Les spreads de temps sur le segment court du Brent/WTI restent attractifs pour des stratégies de débouclage de portage ; privilégier des positions longues sur les échéances proches contre des positions courtes sur les échéances lointaines, tout en gérant le risque de près autour des publications hebdomadaires de stocks et des données macro.
Vue directionnelle à 3 jours (références clés)
- ICE Brent mois proche : Légèrement haussier à stable en termes d’EUR ; les replis vers le haut des 70 EUR/bbl devraient susciter de l’intérêt à l’achat.
- NYMEX WTI mois proche : En ligne avec le Brent ; devrait se maintenir dans la zone milieu des 70 EUR/bbl avec un biais modérément haussier.
- ICE gasoil mois proche : Élevé et volatil ; potentiel de nouvelle surperformance par rapport au brut en cas de problèmes de raffineries ou de logistique.