La courbe du pétrole devient fortement backwardée alors que la géopolitique resserre l’offre
Contrats à terme sur le pétrole brut en forte backwardation autour de 90–96 USD/bbl, alors que les perturbations à Ormuz, les faibles stocks et de fortes marges sur le diesel tendent le marché.
Prix & courbe à terme
La courbe NYMEX WTI est fortement backwardée. L’échéance octobre 2026 clôture à 91,30 USD/bbl (+0,32 % sur la séance), tandis que les prix reculent presque de façon monotone le long de la structure pour atteindre environ 60,50 USD/bbl en mars 2033. Le Brent sur ICE présente une forme similaire, avec novembre 2026 à 95,87 USD/bbl (+0,25 %) et une glissade vers environ 65 USD/bbl début 2037. Les cracks proches restent solides : le gasoil à faible teneur en soufre ICE septembre 2026 a clôturé autour de 1 404 USD/t, en baisse de 2,0 % sur la journée mais toujours historiquement élevé.
Convertis en euros à environ 1,09 USD/EUR, les niveaux des premières échéances impliquent :
La forte résistance jour après jour sur le brut première échéance, malgré quelques prises de bénéfices, reflète les évaluations au comptant qui montrent le WTI spot proche de 90 USD/bbl et le Brent au milieu de la fourchette des 90 USD. La volatilité reste supérieure à la moyenne, les marchés réagissant aux développements dans le Golfe ainsi qu’à l’évolution des anticipations de politique monétaire et de croissance économique.
Offre, demande & géopolitique
Du côté de l’offre, le principal facteur reste la fermeture du détroit d’Ormuz et les perturbations maritimes associées au Moyen‑Orient. Selon les dernières évaluations des agences internationales, environ 8–8,5 mb/j de production du Golfe sont actuellement à l’arrêt, laissant l’offre mondiale en juillet environ 6 mb/j en dessous des niveaux d’il y a un an et faisant baisser les projections d’offre pour 2026 de plus de 4 mb/j en moyenne. Les expéditions via Ormuz ne représentent plus qu’une fraction des flux d’avant‑conflit et ne devraient se redresser que progressivement jusqu’en 2027.
L’OPEP+ a formellement achevé l’annulation des précédentes coupes volontaires avec une légère augmentation de quota en septembre, mais l’impact physique de cette décision est éclipsé par les arrêts de production involontaires dans le Golfe et en Russie. Les producteurs hors OPEP+ dans les Amériques ont augmenté leur production et leurs exportations, sans toutefois pouvoir combler entièrement le déficit créé par les perturbations au Moyen‑Orient. Les stocks de pétrole observés ont chuté de près de 70 mb pour le seul mois de juillet, les inventaires visibles totaux se situant désormais plus de 400 mb en dessous des niveaux d’avant‑guerre, ce qui souligne la tension sur les barils au comptant.
Du côté de la demande, la combinaison de prix élevés et de perturbations des routes commerciales modère la consommation en 2026. Le dernier rapport international prévoit désormais une contraction de la demande mondiale de pétrole d’environ 1,6 mb/j cette année, avec des baisses marquées de près de 5 mb/j au deuxième trimestre 2026, qui s’atténuent à des reculs plus modestes au troisième trimestre avant un retour à une légère croissance au quatrième trimestre 2026. Le ralentissement de l’activité industrielle en Europe et dans certaines parties de l’Asie, ainsi que la faiblesse des charges en pétrochimie, compensent une demande en carburants de transport relativement résiliente en Amérique du Nord.
Marchés des produits & raffinage
Les marchés des produits raffinés restent exceptionnellement tendus, en particulier pour les distillats moyens. Les contrats à terme sur le gasoil ICE affichent une courbe concentrée sur le court terme et décroissante : septembre 2026 se négocie juste au‑dessus de 1 400 USD/t, mais les contrats plus éloignés sur la courbe s’assouplissent régulièrement vers le milieu des 700 USD/t d’ici 2029 et le bas des 740 USD/t d’ici 2032. Bien que les prix aient corrigé de 1–2 % sur l’ensemble de la courbe aujourd’hui, ils demeurent très largement au‑dessus des normes de long terme et continuent d’intégrer une prime pour l’approvisionnement proche en diesel et fioul domestique.
Les agences internationales indiquent que le débit des raffineries mondiales reste inférieur d’environ 5 mb/j au niveau de l’an dernier, malgré des hausses séquentielles. Les attaques contre les raffineries russes et les restrictions sur les exportations de produits du Moyen‑Orient ont encore réduit les prévisions de taux d’utilisation pour le troisième trimestre 2026. Il en résulte des marchés du diesel, du carburéacteur et de l’essence particulièrement tendus dans le bassin atlantique, avec des marges de raffinage à des niveaux proches ou au‑delà des records. Pour les consommateurs européens payant en euros, un EUR/USD légèrement plus ferme n’apporte qu’un soulagement limité ; le facteur décisif reste le prix en dollars du brut et du gasoil, toujours élevé.
Météo & facteurs saisonniers
Alors que l’hémisphère Nord entre dans l’automne, les schémas saisonniers évoluent, passant du pic de demande d’essence à une hausse de la consommation de fioul domestique et de diesel. Les prévisions météorologiques actuelles pour les principaux marchés de l’OCDE indiquent des températures globalement de saison pour les 1–2 prochaines semaines, sans épisode immédiat de chaleur ou de froid extrême susceptible de modifier significativement la demande de produits à court terme. Le risque d’ouragan dans l’Atlantique demeure une préoccupation de fond, mais aucun système majeur n’est actuellement prévu pour menacer directement les infrastructures clés de pétrole et de raffinage du Golfe américain dans les prochains jours.
En l’absence de choc météorologique ou cyclonique, les fluctuations de la demande à court terme devraient rester modestes et secondaires par rapport aux dynamiques géopolitiques et liées aux stocks. Le principal risque saisonnier pour les marchés sera l’arrivée de températures plus froides fin octobre et en novembre, lorsque la demande de chauffage et les prélèvements de diesel s’accélèrent généralement en Europe et en Amérique du Nord.
Perspectives de trading & vue à 3 jours (EUR)
Perspectives de trading (5–15 jours) :
- Biais : Constructif mais volatil. La forte backwardation et les faibles stocks plaident pour un soutien persistant des prix sur les échéances proches WTI et Brent, tandis que les contrats de long terme restent plafonnés par la dégradation des perspectives de demande pour 2026.
- Producteurs / couverts : Envisager de mettre en place progressivement des couvertures supplémentaires pour la production 2027–2030 dans la zone 65–75 USD/bbl (~60–69 EUR/bbl), où la courbe est nettement en dessous du spot et reflète encore des primes de risque géopolitique élevées.
- Consommateurs (raffineurs, compagnies aériennes, transport) : Maintenir ou augmenter modérément la couverture sur les 3–6 prochains mois, en particulier pour les distillats moyens, car les cracks gasoil et jet restent vulnérables à de nouveaux mouvements haussiers en cas de perturbation supplémentaire dans le Golfe ou en Russie.
- Comptes spéculatifs : Privilégier les stratégies de valeur relative (par ex. long proche / short différé sur le brut ou long gasoil vs brut) plutôt que des paris directionnels nets, compte tenu du risque événementiel élevé et de niveaux de prix plats déjà soutenus.
Indications directionnelles à 3 jours (en EUR) :
- WTI (NYMEX Oct 2026, ~83,8 EUR/bbl) : Légère inclinaison haussière au sein d’une bande heurtée de 88–93 USD/bbl, soutenue par de faibles stocks et le risque géopolitique ; fortes fluctuations intrajournalières probables.
- Brent (ICE Nov 2026, ~87,9 EUR/bbl) : Légèrement plus ferme que le WTI sur fond d’inquiétudes concernant l’offre mondiale, avec un potentiel de retests de la zone supérieure 96–99 USD/bbl si de nouveaux titres de perturbations apparaissent.
- ICE LS Gasoil (Sep 2026, ~1 288 EUR/t) : Élevé avec un risque latéral‑à‑haussier ; toute nouvelle information sur des arrêts de raffineries ou des prévisions plus froides que la normale pourrait rapidement inverser la correction du jour et pousser les prix vers les récents sommets.