Le rallye du pétrole brut s’accentue alors que les risques au Moyen-Orient revalorisent la courbe à terme
Le WTI proche de 80 EUR et le Brent au‑dessus de 86 EUR alors que la backwardation s’accentue sous l’effet des perturbations au Moyen‑Orient, de la tension sur les produits et d’une couverture limitée par les stocks.
Prix et structure de courbe
Le WTI NYMEX échéance rapprochée (septembre 2026) a clôturé à 86,83 USD/b le 22 juillet, en hausse de 2,49 USD ou 2,9 % sur la séance, tandis que le Brent septembre 2026 terminait à 93,80 USD/b, en hausse de 2,97 %. La courbe WTI décline ensuite presque de façon monotone d’environ 84 USD/b pour octobre 2026 à quelque 56 USD/b vers fin 2036–début 2037. Le Brent affiche un schéma similaire, s’allégeant d’environ 90 USD/b (octobre 2026) vers 66 USD/b à l’horizon 2036–2037. Cela se traduit par une backwardation très marquée sur les deux indices de référence.
L’écart WTI–Brent reste structurellement positif en faveur du Brent, avec le Brent septembre 2026 environ 7 USD/b au‑dessus du WTI, ce qui est globalement cohérent avec la prime actuelle sur les cargaisons maritimes dans un contexte de risque géopolitique élevé. Compte tenu d’un taux indicatif EUR/USD proche de 1,08, cela implique un WTI échéance rapprochée proche de 80 EUR/b et un Brent autour de 86–87 EUR/b, tandis que le long de courbe des deux références se négocie plus près de 52–60 EUR/b. L’ensemble du complexe est repassé au‑dessus de 90 USD à certains moments ces derniers jours à mesure que les combats s’intensifiaient, avant de clôturer légèrement sous ces sommets intrajournaliers.
Offre, demande et géopolitique
Le moteur dominant demeure le conflit en cours au Moyen‑Orient et les menaces sur le transport maritime. La fermeture et la perturbation partielle du détroit d’Hormuz plus tôt cette année ont créé le plus grand choc d’offre pétrolière jamais enregistré, avec des arrêts de production en Iran, en Arabie saoudite, en Irak et chez d’autres producteurs du Golfe, ainsi que des détournements significatifs des flux commerciaux. Les récentes hostilités entre les États‑Unis et l’Iran et les attaques répétées contre des pétroliers font qu’environ un cinquième du commerce mondial de brut et de condensats reste exposé à chaque flambée de tensions.
Le risque s’est désormais étendu à la mer Rouge et au détroit de Bab el‑Mandeb, où le mouvement houthi du Yémen a annoncé un blocus naval contre les navires liés à l’Arabie saoudite. Cela menace un point de passage supplémentaire qui traite actuellement plus de 7 Mb/j de pétrole et de produits dérivés détournés d’Hormuz, amplifiant les coûts de fret, d’assurance et de temps de transit. Sur le plan politique, sept pays de l’OPEP+ ont entamé en juillet une modeste augmentation collective de quotas de 188 kb/j, revenant partiellement sur des réductions volontaires antérieures, mais cet apport d’offre reste faible par rapport aux arrêts liés à la guerre et aux contraintes de transport maritime.
Du côté de la demande, les prix élevés et des données macroéconomiques plus faibles, en particulier en provenance de Chine et d’Europe, freinent la croissance de la consommation. Néanmoins, la demande mondiale reste proche de niveaux record, et la demande de produits pétroliers aux États‑Unis s’est raffermie parallèlement au retour des prix de l’essence autour de 4 USD/gal dans le contexte de la crise. L’effet net est un marché contraint par l’offre plutôt que par la demande, où les primes de risque dominent la formation des prix.
Fondamentaux et produits raffinés
La courbe des futures met en évidence non seulement la tension sur le brut, mais aussi une forte prime pour les distillats moyens. Le gasoil à faible teneur en soufre ICE (diesel) août 2026 se traite au‑dessus de 1 215 USD/t (≈1 125 EUR/t), avec une courbe décroissante qui reste toutefois supérieure à 700 USD/t (≈650 EUR/t) au début des années 2030. Cela reflète des capacités de raffinage limitées au Moyen‑Orient et en Russie, des arrêts causés par les attaques, ainsi qu’une forte demande de fret et de transport routier.
Les données hebdomadaires récentes de l’EIA pour les États‑Unis jusqu’à la mi‑juillet indiquent des prélèvements sur les stocks de brut et de produits lors de plusieurs semaines du T2 et du début du T3, laissant les stocks de l’OCDE seulement légèrement au‑dessus des creux atteints plus tôt dans le conflit. Le FMI avertit que l’érosion des réserves mondiales de carburants et les ventes de stocks publics ont réduit le coussin face à de nouveaux chocs, ce qui implique que toute perturbation supplémentaire à Hormuz ou Bab el‑Mandeb pourrait déclencher des réactions de prix disproportionnées.
Météo et facteurs saisonniers
La météo joue un rôle secondaire mais pertinent. La demande estivale de conduite automobile et de climatisation dans l’hémisphère Nord soutient la consommation d’essence et de fioul, tandis que le risque d’ouragans dans le bassin atlantique entre dans ses mois de pointe, les prévisionnistes s’attendant à une saison supérieure à la moyenne. Toute interruption d’activité liée aux tempêtes dans le hub de raffinage et d’exportation de la côte américaine du Golfe resserrerait temporairement les bilans du bassin atlantique et soutiendrait la backwardation actuelle.
Perspectives et implications pour le trading
- Biais : modérément haussier en tête, stable en fin de courbe – Avec le WTI et le Brent de septembre proches de 80–87 EUR/b et une forte backwardation, l’avant de la courbe reste vulnérable à de nouvelles flambées sur des gros titres géopolitiques, tandis que les échéances lointaines semblent mieux ancrées par les anticipations de reprise de l’offre et de ralentissement de la croissance de la demande.
- Prix plats – Les risques à court terme sont orientés à la hausse tant que Hormuz et Bab el‑Mandeb demeurent instables et que les stocks restent maigres. Cependant, tout progrès diplomatique crédible ou toute preuve d’un dépassement durable des objectifs d’offre de l’OPEP+ pourrait plafonner les rallyes vers le milieu de la zone 90 EUR/b pour le Brent.
- Spreads calendaires – La backwardation marquée jusqu’en 2027 plaide pour une poursuite de la fermeté des spreads rapprochés contre différés. Les négociants disposant de capacités de stockage peuvent trouver peu d’incitation à porter des cargaisons, tandis que les raffineurs et utilisateurs finaux pourraient chercher à sécuriser des approvisionnements rapides plutôt que de reporter leurs achats.
- Cracks de produits – Les prix élevés du gasoil par rapport au brut soulignent la persistance des tensions sur les distillats moyens ; les raffineurs complexes ayant accès à des bruts avantageux restent bien positionnés, tandis que les importateurs en déficit de diesel sont confrontés à des coûts plus élevés d’approvisionnement et de couverture.