Les attaques contre les raffineries resserrent les marchés des carburants tandis que le brut reste proche de 80–85 €
Les attaques contre des raffineries au Moyen‑Orient et en Russie resserrent l’offre mondiale de carburants, gonflant les marges sur le diesel et le kérosène tandis que le brut reste proche de 80–85 € le baril.
Prices
Les indices de brut restent relativement contenus autour de 90 $US le baril, soit environ 82–84 € aux taux de change actuels, malgré une forte pression haussière sur les produits raffinés. Les récents commentaires de marché indiquent que le Brent a oscillé entre le haut de la fourchette des 80 $US et le bas des 90 $US, franchissant brièvement les 90 $US avant de refluer, ce qui traduit la crainte d’une escalade des risques régionaux mais pas encore de véritable pénurie de brut.
À l’inverse, les marges de raffinage du diesel en Europe ont atteint de nouveaux records, le gasoil à faible teneur en soufre se négociant avec une prime d’environ 74,66 $US le baril par rapport au Brent. Des cracks de kérosène supérieurs à 80 $US le baril et des marges d’essence proches de leurs plus hauts de quatre ans confirment que le principal choc de prix est concentré sur les produits, et non sur le brut lui‑même.
Supply & Demand
Le principal déséquilibre réside dans la capacité de raffinage plutôt que dans l’extraction de brut. Plusieurs arrêts de grande ampleur ont retiré une part significative de la production de produits : la raffinerie de Jizan en Arabie saoudite (400 kb/j) est à l’arrêt après une attaque houtie, ce qui réduit de plus de 200 kb/j les exportations de diesel et de gasoil ; le complexe d’Al‑Zour au Koweït (615 kb/j) a partiellement suspendu ses opérations après une panne de courant ; et les frappes répétées de drones ukrainiens sur les raffineries russes, notamment l’usine de Perm de Lukoil, freinent les exportations alors que Moscou maintient les interdictions d’exportation d’essence et de diesel.
Ces perturbations frappent un système déjà tendu. La demande européenne de diesel reste solide et la région est structurellement déficitaire en distillats moyens, fortement dépendante des importations en provenance de Russie, du Moyen‑Orient et des États‑Unis. Avec plusieurs de ces axes d’approvisionnement simultanément affectés, la disponibilité au comptant de diesel, d’essence et de carburant aviation se resserre, ce qui pousse les cracks à la hausse et incite à faire tourner au maximum les raffineries encore en fonctionnement.
Aux États‑Unis, les spreads de crack du diesel ont bondi à environ 93,44 $US le baril, tandis que les marges d’essence ont atteint leurs plus hauts niveaux depuis 2020. Cela indique que les raffineurs nord‑américains tournent eux aussi à plein régime pour capter des marges exceptionnelles, mais tout arrêt imprévu y amplifierait rapidement la pénurie mondiale de produits.
Fundamentals
Les fondamentaux en amont sont relativement stables : la production mondiale de brut n’a pas été significativement réduite par les récentes attaques et la gestion de l’offre par l’OPEP+ reste la principale contrainte sur les flux de brut. Le fait que le Brent se maintienne autour, et non bien au‑dessus, de 90 $US suggère que les craintes portent davantage sur les goulets d’étranglement en midstream et en aval que sur une véritable rareté du brut.
En aval, en revanche, le système est sous forte tension. Les marges record sur le diesel européen et des cracks de kérosène au‑dessus de 80 $US le baril soulignent que c’est la production des raffineries, et non l’approvisionnement en brut, qui constitue la contrainte principale. Le contexte structurel est défavorable : des années de sous‑investissement, un durcissement des réglementations environnementales dans les pays de l’OCDE et une concentration des nouvelles capacités dans des régions politiquement exposées rendent l’offre mondiale excessivement vulnérable aux frappes ciblées.
Les dirigeants du secteur y voient de plus en plus un basculement vers un environnement de raffinage structurellement plus tendu, où les risques géopolitiques et la faible capacité disponible maintiennent des marges élevées même si les indices de brut évoluent dans une fourchette plus familière. Par conséquent, la volatilité des cracks produits devrait dépasser celle des prix du brut dans un avenir prévisible.
Weather & Logistics Outlook
Les conditions météorologiques sont actuellement un facteur secondaire par rapport au risque géopolitique. La demande estivale saisonnière dans l’hémisphère Nord soutient la consommation d’essence et de carburant aviation, mais les principaux moteurs de la tension restent les arrêts de raffineries et les perturbations des routes d’exportation depuis le Moyen‑Orient et la Russie.
Sur le plan logistique, l’arrêt de Jizan et les pannes partielles à Al‑Zour obligent les acheteurs européens et asiatiques à rechercher d’autres cargaisons de diesel et de carburant aviation, ce qui accroît la concurrence pour les barils en provenance de la côte américaine du Golfe et d’autres exportateurs. Toute perturbation supplémentaire des principales voies maritimes ou ports en mer Rouge et en Méditerranée orientale se traduirait rapidement par une hausse du fret et un élargissement supplémentaire des différentiels régionaux de produits.
Trading Outlook
- Brut vs produits : Les indices de brut (Brent, WTI) devraient rester soutenus mais évoluer dans une fourchette proche des niveaux actuels en euros, tandis que les cracks sur produits raffinés, en particulier sur le diesel et le kérosène, resteront élevés et très volatils.
- Exposition aux marges de raffinage : Les raffineurs complexes disposant d’un approvisionnement sécurisé en brut et d’un risque d’arrêt limité sont bien placés pour capter des profits hors norme ; les stratégies de couverture devraient donner la priorité à la protection de ces marges contre une éventuelle correction brutale en cas d’amélioration de la disponibilité des raffineries.
- Gestion du risque : Les utilisateurs finaux et les distributeurs devraient envisager de mettre en place progressivement des couvertures pour leurs besoins en diesel et en carburant aviation dans les prochains mois, compte tenu de la capacité de raffinage structurellement limitée et du risque géopolitique persistant autour d’actifs clés.
- Stratégies sur spreads : Les spreads brut–produits et diesel–essence devraient rester larges ; les opérations de valeur relative continuent de favoriser les produits par rapport au brut tant que les perturbations dans les raffineries persistent.
Vue directionnelle à 3 jours (EUR)
- Brent (ICE, front month) : Latéral à légèrement plus ferme dans une large fourchette de 80–86 €/bbl, les primes de risque géopolitique compensant les préoccupations macroéconomiques.
- Diesel Europe (ICE gasoil) : Biais haussier ; les cracks devraient rester extrêmement solides avec des pics à la hausse possibles au gré de nouveaux titres d’arrêt de raffineries.
- Kérosène Europe : Ferme à haussier, suivant la tension sur le diesel et une demande de voyages estivale robuste.
- Essence Europe : Modérément ferme ; marges élevées mais un peu moins explosives que pour le diesel et le kérosène, avec des mouvements étroitement liés à la demande de carburant routier.