Les interruptions saoudiennes propulsent la courbe du pétrole nettement plus haut et plus plate
Le WTI et le Brent dépassent 95–100 EUR sur fond d’attaques contre les oléoducs saoudiens et de risques en mer Rouge, aplatissant la courbe à terme tandis que le diesel mène le rally.
Prices
Le 15 septembre 2026, le contrat NYMEX WTI à échéance rapprochée (octobre 2026) a clôturé à 105,83 USD par baril, en hausse de 4,44 USD ou 4,20 % sur la séance. En retenant un taux indicatif de 1,05 USD/EUR, cela correspond à environ 100,80 EUR par baril. Le contrat WTI novembre 2026 a clôturé à 100,75 USD (≈ 95,95 EUR), et celui de décembre 2026 à 95,51 USD (≈ 91,00 EUR), confirmant une forte backwardation sur la partie courte de la courbe.
Sur l’ICE, le Brent à échéance rapprochée (novembre 2026) a clôturé à 108,55 USD par baril, en hausse de 2,64 %, soit environ 103,38 EUR. Le Brent décembre 2026 a terminé à 103,12 USD (≈ 98,21 EUR), et janvier 2027 à 98,54 USD (≈ 93,85 EUR). Il en résulte une prime du Brent prompt sur le WTI prompt d’environ 2,7–3,0 USD par baril, en ligne avec les récents rapports faisant état d’un Brent se négociant autour de 106–109 USD dans un contexte de tensions géopolitiques accrues et d’interruptions des oléoducs saoudiens.
Plus loin sur la courbe, les prix du WTI reculent progressivement d’environ 72 USD début 2028 (≈ 68,60 EUR) à près de 50 USD fin 2036 (≈ 47,60 EUR). Le Brent suit une pente baissière similaire, passant d’environ 76–77 USD début 2028 (≈ 72,60–73,30 EUR) à environ 63 USD en 2036 (≈ 60,00 EUR). La combinaison de prix proches fortement plus élevés et de niveaux très inférieurs sur les échéances lointaines aboutit à une backwardation très prononcée qui s’atténue progressivement mais persiste sur l’ensemble de la bande observable.
Curve & Spreads
La courbe WTI affiche une backwardation extrême en tête : octobre 2026 à 105,83 USD, novembre à 100,75 et décembre à 95,51, soit une baisse de plus de 10 USD sur trois mois. Cette structure incite fortement au déstockage et décourage les mises en stockage. Les spreads de calendrier signalent une tension aiguë à court terme, en phase avec les inquiétudes rapportées concernant les perturbations des exportations au Moyen‑Orient et la baisse de la capacité de réserve effective.
Au‑delà de 2027, la courbe WTI passe progressivement d’une backwardation prononcée à une structure plus plate et légèrement inclinée à la baisse, les prix évoluant du haut de la zone 60 USD en 2029 vers le bas de la zone 50 USD à l’horizon 2035–2036. Le Brent présente un schéma similaire, avec une prime du prompt sur le WTI relativement stable sur l’ensemble de la bande, ce qui indique que les primes de risque régionales se concentrent sur le court terme sans s’élargir fortement à long terme.
Les marchés des produits raffinés sont particulièrement tendus sur les distillats moyens. Le contrat ICE gasoil à faible teneur en soufre à échéance rapprochée (octobre 2026) a clôturé à 1 556 USD par tonne, en hausse de 5,1 % sur la séance, soit environ 1 482 EUR par tonne. La marge diesel proche de l’échéance par rapport au Brent s’est envolée, reflétant une capacité de raffinage contrainte et des perturbations dans les principaux terminaux d’exportation de la mer Rouge.
Supply & Demand Drivers
Le principal moteur du rally actuel est le risque d’offre en provenance d’Arabie saoudite et, plus largement, du Moyen‑Orient. Des attaques menées par les forces houthies du Yémen contre les infrastructures pétrolières saoudiennes ont entraîné l’arrêt de l’oléoduc Est‑Ouest et des perturbations à Yanbu, sur la côte de la mer Rouge, retirant temporairement plusieurs millions de barils par jour de capacité d’exportation et forçant davantage de volumes à transiter par le détroit déjà sous tension d’Ormuz.
Cela s’ajoute à des pertes d’approvisionnement antérieures liées au conflit avec l’Iran et à des interruptions intermittentes en Libye, qui ont déjà réduit les volumes de brut disponible par voie maritime. Les commentaires de marché évoquent de plus en plus un passage d’une pénurie tirée par les produits à un déficit net de brut à mesure que la capacité de réserve et les stocks s’érodent. L’incertitude politique régionale et les préoccupations de sécurité autour des principales voies maritimes amplifient la prime de risque tant sur les prix au comptant que sur les spreads de calendrier.
Du côté de la demande, la hausse des prix et un climat macroéconomique plus faible jouent un rôle de frein partiel. Les données récentes aux États‑Unis indiquent des hausses des stocks de brut, d’essence et de distillats, l’API estimant une augmentation de 7,1 millions de barils des stocks de brut sur la semaine close le 11 septembre. Cette hausse inattendue a contribué à plafonner la progression des prix lors de la dernière séance, mais l’excédent de stocks reste modeste au regard de l’ampleur potentielle des pertes d’offre.
Weather & Seasonal Factors
Alors que la saison des ouragans dans l’Atlantique atteint son pic climatologique, le risque de perturbations liées à la météo demeure secondaire mais important. Jusqu’à présent, aucune tempête majeure n’a fortement endommagé la production dans le golfe du Mexique ni les principaux pôles de raffinage au Texas et en Louisiane à la mi‑septembre, mais les courbes à terme conservent une prime liée à d’éventuelles interruptions jusqu’en octobre.
Sur le plan saisonnier, la demande de l’hémisphère Nord s’oriente généralement vers les combustibles de chauffage dans les mois à venir. Étant donné les niveaux déjà élevés des prix du diesel et du fioul domestique, tout épisode de froid précoce en Europe, en Amérique du Nord ou en Asie du Nord‑Est pourrait encore resserrer les bilans de distillats et soutenir indirectement le brut, en particulier pour les bruts moyens‑soufrés utilisés dans des schémas de raffinage riches en distillats.
Short‑Term Outlook & Trading View
À court terme, le bilan des risques pour les prix du brut reste orienté à la hausse tant que les routes d’exportation saoudiennes et les infrastructures de la mer Rouge demeurent perturbées. La très forte backwardation sur les contrats WTI et Brent proches, combinée à l’envolée des prix du diesel, témoigne d’un marché physique tendu au 4T 2026. Cependant, la récente hausse des stocks américains et le niveau élevé des prix au comptant augmentent la vulnérabilité à de fortes corrections si les tensions géopolitiques s’apaisent ou si la demande se révèle plus faible que prévu.
- Producteurs (couvreurs) : Envisager de mettre en place des couvertures supplémentaires dans la zone 100–110 USD (≈ 96–105 EUR) pour les barils de fin 2026 et début 2027, en profitant de la forte backwardation pour sécuriser des prix de vente à terme attractifs.
- Consommateurs (raffineurs, gros utilisateurs finaux) : Utiliser les replis vers le bas de la zone 100 USD sur le WTI (≈ 96–100 EUR) pour étendre la couverture sur le 4T 2026–1T 2027, en se concentrant sur l’exposition liée au diesel, où les prix au comptant et les marges sont les plus exposés à de nouvelles flambées.
- Traders : La structure de courbe continue de favoriser les stratégies longues sur les échéances proches / courtes sur les échéances lointaines (time‑spreads), mais le positionnement doit rester agile compte tenu du caractère très dépendant de l’actualité du risque Moyen‑Orient et de la possibilité d’une compression rapide des spreads si les flux saoudiens se normalisent.
3‑Day Price Indication (Directional, in EUR)
- NYMEX WTI front month : Biais modérément haussier dans une fourchette de 98–105 EUR, avec une volatilité intrajournalière liée aux nouvelles en provenance d’Arabie saoudite et de la mer Rouge.
- ICE Brent front month : Biais haussier dans une fourchette de 102–108 EUR, maintenant une prime de 2–4 EUR sur le WTI dans un contexte de risque élevé sur le brut maritime.
- ICE Gasoil (diesel) : Le risque haussier reste prononcé ; les prix devraient se maintenir ou s’étendre au‑dessus de 1 450–1 500 EUR par tonne tant que les exportations de produits du Moyen‑Orient restent limitées.