Marché des pois : demande au comptant molle, risques croissants liés à la météo et aux devises
Analyse concise du marché des pois en juin 2026 : faiblesse de la demande à court terme, risques El Niño et kharif, prix en EUR sous pression en Europe et en Ukraine, et perspectives de trading.
Prix
Les cotations des pois en Europe et en mer Noire ont légèrement reculé ces dernières semaines, reflétant la tonalité globalement molle sur le segment des légumineuses. Au Royaume‑Uni, les pois verts secs FOB Londres ont glissé d’environ 1,02 EUR/kg début juin à environ 0,99 EUR/kg au 20 juin. Les pois « marrowfat » ont suivi une trajectoire similaire, s’effritant d’environ 1,33 EUR/kg à 1,28 EUR/kg sur la même période.
En Ukraine, les prix FCA Odessa pour les pois en vrac se sont également affaiblis, les pois verts (pureté 98 %) passant d’environ 0,33 EUR/kg fin mai à quelque 0,30 EUR/kg au 19 juin, tandis que les pois jaunes ont brièvement touché 0,23 EUR/kg avant de se stabiliser autour de 0,26 EUR/kg. Les pois canadiens de « vieille récolte » affichent eux aussi une tendance saisonnière à la baisse, alors que les valeurs à terme sur la nouvelle récolte conservent une petite prime, signalant un approvisionnement confortable à court terme mais une certaine prudence quant à l’équilibre 2026/27.
Offre et demande
L’ensemble du complexe des légumineuses reste sous pression, les usines de dal en Inde n’achetant que pour leurs besoins de court terme et la demande pour le chana, le tur, le masoor, le moong et le moth demeurant atone. Les prix au comptant de nombreuses légumineuses se sont assouplis sous l’effet de sorties lentes des usines, des ventes de stocks gouvernementaux et d’importations compétitives, en particulier pour les lentilles. Ce contexte de faiblesse pèse indirectement sur les pois via les effets de substitution tant dans la consommation humaine que dans les débouchés en alimentation animale.
Cependant, le risque d’approvisionnement se renforce en toile de fond. Les semis de légumineuses kharif en Inde ont démarré la campagne en deçà du rythme de l’an dernier, avec des superficies sous des cultures clés comme le moong et l’urad nettement plus faibles, sur fond de déficit pluviométrique d’environ un tiers par rapport à la normale en juin. Des emblavements réduits en légumineuses pluviales pourraient resserrer la disponibilité en Asie du Sud plus tard dans l’année, soutenant la demande d’importation pour des sources protéiques alternatives, y compris les pois secs.
Au niveau international, l’offre de pois est actuellement décrite comme confortable, les stocks de vieille récolte au Canada exerçant une pression sur les prix de court terme. Néanmoins, les contrats à terme sur la nouvelle récolte de pois se négocient légèrement au‑dessus des valeurs au comptant, ce qui laisse entendre que les exportateurs et importateurs perçoivent un certain risque pour la production et la logistique 2026/27. En Inde, les pois domestiques sont en concurrence avec d’autres légumineuses dont la disponibilité future dépend de plus en plus des conditions météorologiques, ce qui laisse penser que la faiblesse actuelle de la demande pourrait ne pas se prolonger après la récolte si la production déçoit.
Facteurs météo et de change
La météo constitue le principal risque structurel pour les légumineuses et, par extension, pour les pois. Des conditions El Niño se sont maintenant installées et devraient se renforcer pendant la saison de mousson de juin à septembre, augmentant la probabilité de précipitations inférieures à la normale en Inde. En ce début de saison, les précipitations cumulées sont inférieures d’environ 30–35 % à la normale, avec des déficits particulièrement marqués dans les États du centre et de l’est, qui sont clés pour les légumineuses kharif.
Si ce schéma de mousson faible persiste, les semis d’« urad », de tur, de moong et de moth dans les principaux États producteurs comme le Maharashtra, le Madhya Pradesh, le Gujarat, le Rajasthan et le Karnataka pourraient rester inférieurs à la normale. Cela resserrerait l’offre régionale en protéines plus tard dans la campagne et pourrait stimuler la demande de pois importés en tant que substitut relativement compétitif en prix.
Sur le front des devises, la faiblesse de la roupie indienne face au dollar américain maintient des coûts rendus élevés pour les légumineuses importées, alors même que les cotations internationales se détendent. Les récents niveaux autour de 94,6 INR pour 1 USD renchérissent les importations de pois et d’autres légumineuses en termes locaux, limitant la marge de baisse supplémentaire et amortissant le risque baissier sur les prix en EUR aux origines exportatrices.
Fondamentaux et perspectives
Sur le plan fondamental, le marché des pois se situe à mi‑chemin entre une demande à court terme molle et un risque croissant sur l’horizon plus lointain. La consommation immédiate est poussive dans de nombreux segments de légumineuses, et les prix de gros des pois comme des produits concurrents ont dérivé à la baisse. Des stocks de vieille récolte confortables dans les régions exportatrices renforcent cette tonalité baissière à court terme.
Mais l’équilibre reste fragile. Une mousson qui demeurerait faible ou erratique et des semis kharif en Inde inférieurs à la normale, combinés à l’incertitude persistante liée à El Niño, pourraient rapidement inverser le sentiment si les perspectives de récolte se détériorent. Dans ce scénario, les pois bénéficieraient probablement d’un regain d’intérêt à l’achat, les importateurs cherchant à sécuriser leurs approvisionnements en protéines avant qu’un éventuel mouvement haussier plus large sur les légumineuses ne prenne de l’ampleur.
À l’inverse, si les pluies se normalisent au cours des prochaines semaines et que les semis rattrapent leur retard, la tendance actuelle molle des pois a de bonnes chances de se prolonger, les prix évoluant dans une fourchette relativement étroite à l’approche de la période de nouvelle récolte.
Perspectives de trading (2–4 semaines)
- Côté acheteurs (importateurs, industrie de l’alimentation animale et humaine) : Profiter de la faiblesse actuelle des prix en EUR des pois du Royaume‑Uni et de la mer Noire pour étendre modérément la couverture sur le T3, mais échelonner les achats afin de conserver de la flexibilité au cas où les conditions de mousson s’amélioreraient et les prix dériveraient plus bas.
- Producteurs et exportateurs : Éviter de pratiquer une sous‑tarification agressive sur les ventes à terme ; envisager de mettre en place les couvertures de manière progressive plutôt que de vendre de gros volumes d’un coup, la tension potentielle liée à El Niño sur les légumineuses pouvant améliorer le pouvoir de fixation des prix plus tard dans la campagne.
- Intervenants spéculatifs : Biais en faveur d’une position prudemment haussière sur les contrats différés, avec des limites de risque strictes. Attendre une confirmation de déficits pluviométriques persistants ou de nouvelles preuves d’une forte baisse des superficies en légumineuses kharif avant d’allonger davantage les positions.
Indication directionnelle des prix à 3 jours (EUR)
- Pois secs du Royaume‑Uni (verts, marrowfat, FOB) : Légèrement baissier à stable ; une demande locale faible et une offre confortable plaident pour une fourchette de négociation étroite autour des niveaux actuels, avec un potentiel de baisse limité en raison des risques liés aux devises et aux légumineuses.
- Pois secs d’Ukraine (verts et jaunes, FCA Odessa) : Biais neutre ; les baisses récentes devraient marquer une pause à mesure que les exportateurs évaluent la logistique et les risques globaux sur les légumineuses, mais sans catalyseur fort pour un rebond à très court terme.
- Marchés à terme mondiaux (Canada, UE) : Neutres à légèrement plus fermes sur les positions de nouvelle récolte, reflétant les incertitudes météo et El Niño, tandis que les valeurs de vieille récolte restent sous une pression modérée.