Le marché du tournesol reste ferme tandis que le complexe oléagineux devient plus baissier
Analyse concise du marché du tournesol en juin 2026 : prix des graines stables, valeurs de l’huile fermes, forte offre mondiale en oléagineux et recommandations clés de commercialisation.
Prix
Les contrats à terme SAFEX sur le tournesol (ZAR/t, 25 juin 2026) présentent une structure légèrement plus ferme : juil‑26 a clôturé à 8 994 ZAR/t (+0,4 % j/j), sept‑26 à 9 194 ZAR/t (+0,3 %) et déc‑26 à 9 399 ZAR/t (+0,5 %), tandis que mars‑27 a légèrement reculé à 9 236 ZAR/t (‑0,1 %). Cela suggère un sentiment stable à légèrement haussier sur le marché physique sud‑africain.
En Ukraine, les prix intérieurs des graines de tournesol autour de 575 USD/t DAP (fin juin) sont restés globalement stables lors des dernières séances, tandis qu’au début du mois les valeurs CPT Odessa proches de 742 USD/t reflétaient une concurrence intense entre un nombre limité de trituriers actifs pour les volumes d’ancienne récolte. Avec un EUR/USD proche de 1,08, cela correspond approximativement à 533–687 EUR/t selon la localisation et les conditions.
À titre de comparaison, les niveaux indicatifs FOB tourteaux de tournesol mer Noire proches de 235 USD/t (≈217 EUR/t) confirment un segment alimentation animale bien approvisionné, ce qui limite le potentiel haussier des prix de la graine malgré des stocks d’ancienne récolte serrés.
Offre & demande
L’environnement plus large des oléagineux devient de plus en plus pesant. Oil World projette la récolte mondiale de soja 2026/27 à 441,2 millions de tonnes, soit 12 millions de tonnes au‑dessus du précédent record de 2025/26, avec une production américaine pouvant à elle seule atteindre 121 millions de tonnes. Cela implique une poursuite de l’expansion de la trituration mondiale à environ 382 millions de tonnes, quatrième hausse annuelle consécutive.
Pour le tournesol, l’impact clé est indirect : l’abondance de soja et l’extension des surfaces de colza et de canola, en particulier en Amérique du Nord, renforcent la disponibilité globale en huiles végétales et plafonnent la prime de prix que l’huile de tournesol peut exiger. L’annonce d’une surface de canola record aux États‑Unis, portée par la demande en biodiesel, souligne la croissance structurelle de l’offre concurrente d’oléagineux à moyen terme.
En Ukraine, seul un nombre limité d’usines triture actuellement le tournesol, de nombreux transformateurs basculant vers la maintenance et la préparation du colza. Néanmoins, celles qui restent en activité se disputent les reliquats de graines de tournesol, ce qui a temporairement soutenu les offres intérieures début juin. Les flux d’exportation demeurent soutenus, avec environ 383 000 t d’huile de tournesol et 276 000 t de tourteaux exportées sur les 28 premiers jours de mai.
Fondamentaux & facteurs externes
La Chine envoie des signaux mitigés pour le complexe oléagineux : les importations d’huiles végétales sur la période janvier–mai ont augmenté de 17,5 % pour atteindre 2,93 millions de tonnes, tirées principalement par l’huile de palme, tandis que les importations de soja sont restées légèrement en‑deçà de l’an passé à 36,94 millions de tonnes. Les prix au comptant de l’huile de soja en Chine restent stables dans un contexte de stocks élevés d’environ 1,2 million de tonnes. Ce schéma favorise les huiles de palme et de soja, moins chères, et limite la demande additionnelle d’huile de tournesol en Asie aux primes actuelles.
Sur le plan géopolitique, les déclarations américaines encourageant l’Iran à utiliser les fonds débloqués pour acheter des produits agricoles américains, notamment du soja, n’ont suscité qu’une réaction limitée du marché après que Téhéran a précisé qu’il n’y était pas obligé. Pour le tournesol, le facteur géopolitique le plus important reste l’environnement logistique en mer Noire, où toute perturbation des ports ou du transport intérieur peut rapidement resserrer la disponibilité en graines et en huile.
En Europe, des disponibilités compétitives en colza et en soja, combinées à l’augmentation des exportations d’huile de tournesol de la mer Noire, incitent les trituriers à la discipline. La combinaison de prix de la graine stables en Ukraine et d’exportations fermes d’huile et de tourteaux de tournesol suggère que les marges demeurent acceptables pour les usines efficaces, mais le potentiel haussier semble limité en l’absence de choc climatique ou logistique.
Météo & perspectives de récolte
Les évaluations récentes pour l’Ukraine et l’UE indiquent des conditions globalement favorables pour les récoltes de tournesol 2026, avec un temps frais et des pluies périodiques soutenant la formation des rendements dans de nombreuses régions clés. Les indications actuelles pointent vers une hausse de la production de graines de tournesol en 2026/27 en Ukraine, en Russie, dans l’UE et en Argentine, ajoutant environ 7 millions de tonnes au niveau mondial par rapport à la campagne en cours.
Étant donné les perspectives déjà confortables pour le soja et le colza, une récolte de tournesol normale viendrait conforter le thème d’une offre mondiale abondante en huiles végétales en 2026/27. La météo reste le principal risque haussier : une chaleur prolongée ou une sécheresse durant la floraison en mer Noire ou dans les Balkans pourrait rapidement inverser les perspectives de rendement favorables et soutenir les prix au cours du T3.
Perspectives de commercialisation
- Importateurs / trituriers : Maintenir une couverture échelonnée pour T3–T4 2026 plutôt que de concentrer les achats en amont. Profiter de toute baisse liée à la pression de récolte sur les graines et l’huile de tournesol mer Noire pour étendre la couverture, mais éviter de poursuivre les flambées ponctuelles liées à des problèmes logistiques de court terme.
- Producteurs en mer Noire & Balkans : Compte tenu de prix fermes mais plafonnés, envisager des ventes pré‑récolte ou la couverture d’une partie de la production attendue lors des phases de hausse, en particulier si les contrats à terme de type SAFEX ou les marchés à terme locaux offrent des niveaux nettement supérieurs au seuil de rentabilité à la ferme.
- Fabricants d’aliments composés : Le tourteau de tournesol reste compétitif par rapport au tourteau de soja ; sécuriser une part des besoins 2026/27 tant que la décote FOB mer Noire persiste, tout en conservant la flexibilité de revenir au tourteau de soja si la faiblesse du complexe soja s’accentue.
- Intervenants spéculatifs : L’équilibre des risques plaide pour une position prudemment baissière sur le tournesol par rapport au soja et au colza, mais avec des stops serrés et une attention particulière aux nouvelles météo dans le corridor de la mer Noire.
Indication régionale des prix sur 3 jours (directionnelle)
- Graines de tournesol mer Noire (Ukraine, DAP / CPT) : Stables à légèrement plus faibles en termes d’EUR sur les 3 prochains jours, avec un intérêt acheteur limité les trituriers se concentrant sur le basculement vers le colza.
- Graines de tournesol Balkans UE (Bulgarie, Roumanie, FCA/FOB) : Globalement stables ; les offres domestiques sont soutenues par les trituriers régionaux mais plafonnées par les importations compétitives et les perspectives de nouvelle récolte à venir.
- Huile de tournesol brute (FOB/CPT mer Noire) : Ferme mais en évolution latérale, suivant le complexe plus large des huiles végétales et dans l’attente de signaux plus clairs des marchés de l’huile de palme et de l’huile de soja.