Le rallye du pétrole brut accentue la backwardation alors que les raffineurs tournent à plein régime
Les contrats à terme sur le pétrole brut dépassent 80 EUR/bbl avec une backwardation prononcée, alors que les raffineries tournent près de leurs niveaux record et que les marges sur les produits, notamment le diesel, restent solides.
Prix et structure de courbe
Le contrat NYMEX WTI octobre 2026 a clôturé le 1er septembre à 90,22 USD/bbl, en hausse de 4,46 USD, soit +4,94 % sur la séance, tandis que l’échéance novembre a clôturé à 88,09 USD/bbl (+4,57 %). Le contrat Brent prompt novembre 2026 a clôturé à 95,26 USD/bbl, en hausse de 4,77 USD ou 5,01 %.
En utilisant un taux indicatif EUR/USD de 1,10, cela implique un WTI échéance proche autour de 82 EUR/bbl et un Brent proche de 87 EUR/bbl. Plus loin sur la courbe, le WTI recule vers environ 60 USD/bbl (≈55 EUR/bbl) à l’horizon 2032–2033, et le Brent vers le milieu de la fourchette des 60 USD (≈60 EUR/bbl), ce qui met en évidence une backwardation très prononcée entre 2026 et le début des années 2030.
Le contrat ICE gasoil à faible teneur en soufre (diesel) échéance proche a progressé à 1 445 USD/t le 1er septembre, en hausse de 97,50 USD ou 6,75 %, avec des gains similaires de 5 à 6 % sur l’ensemble du quatrième trimestre 2026. Même sur 2028–2030, les prix du gasoil restent au‑dessus de 800 USD/t, bien que de petites baisses quotidiennes à partir de 2028 signalent un environnement de crack forward qui s’assouplit progressivement.
Offre, demande et raffinage
La forte backwardation, avec les échéances proches WTI et Brent 25–30 USD/bbl au‑dessus des contrats à long terme, pointe vers une tension immédiate de l’offre face à une demande robuste. Le système de raffineries américain fonctionne à un taux d’utilisation exceptionnellement élevé, avec des relevés récents de l’EIA autour de 97–98 % de la capacité exploitable fin août, bien au‑dessus des moyennes saisonnières habituelles.
De tels niveaux de fonctionnement stimulent le débit de pétrole brut et la production de distillats moyens, mais accélèrent les prélèvements sur les stocks de brut et laissent peu de flexibilité de traitement disponible. Les données hebdomadaires de l’EIA indiquent des prélèvements continus de produits tout au long du mois d’août, en particulier pour les distillats, dans un contexte de faiblesse persistante des coussins stratégiques et commerciaux.
Du côté de la demande, la consommation de produits raffinés en Amérique du Nord et dans les principaux marchés émergents reste solide, le diesel et le kérosène tirant la hausse. La forte progression des contrats à terme sur le gasoil met en évidence la tension de l’offre de diesel à l’approche de la saison de chauffage de l’hémisphère nord, ce qui soutient des marges de raffinage (cracks) élevées et incite les raffineurs à maintenir des débits élevés tant que les fenêtres de maintenance le permettent.
Fondamentaux et facteurs de risque
Niveaux de stocks et d’inventaires : Les données de l’EIA montrent que les stocks commerciaux américains de brut et la Réserve stratégique de pétrole (SPR) sont tous deux orientés à la baisse en juillet et août, reflétant des prélèvements nets soutenus alors que les exportations et les débits de raffineries restent élevés. Des commentaires récents indiquent que la SPR est tombée sous les 300 millions de barils, un plus bas de plusieurs décennies, réduisant le coussin du système face aux chocs.
Marges de raffinage : Les prix élevés du gasoil par rapport au brut maintiennent les marges de raffinage (crack spreads) à des niveaux historiquement attractifs, en particulier pour les configurations orientées vers les distillats moyens. Le rallye actuel du diesel sur l’ICE, avec des contrats échéance proche en hausse de 5 à 7 % en une seule séance, confirme une forte demande finale et de reconstitution de stocks à l’approche de l’hiver. Cela soutient le rallye du brut malgré des perspectives plus équilibrées, voire excédentaires, pour l’ensemble de 2026 dans certaines publications d’agences.
Contexte macroéconomique et politique : Les banques centrales ont signalé une attitude prudente quant à un resserrement supplémentaire, tandis que les prévisions de croissance du PIB mondial pour fin 2026 restent modestes mais positives. Sur le plan politique, les prélèvements continus sur les stocks stratégiques plus tôt dans l’année et les ajouts limités de capacité de raffinage ont resserré l’offre effective. Le marché est également très sensible à toute perturbation dans les grandes régions productrices, qui serait amplifiée par des niveaux de stocks bas et une utilisation élevée des capacités.
Perspectives à court terme et enseignements pour le trading
À très court terme (prochains 1 à 3 jours), la combinaison d’une backwardation marquée, de marges diesel élevées et d’une utilisation record des raffineries suggère que les replis sur le brut échéance proche devraient rester limités et bien soutenus sur les creux, sauf surprise macroéconomique négative. La courbe à terme indique qu’une grande partie des excédents de moyen terme est déjà intégrée dans les contrats différés.
- Producteurs : Envisager des couvertures supplémentaires sur les maturités WTI/Brent 2028–2031, où les prix évoluent autour de 55–60 EUR/bbl, afin de verrouiller les marges alors que le marché intègre une abondance à long terme.
- Consommateurs : Pour les raffineurs et les grands industriels, des couvertures échelonnées sur les échéances proches et les barils calendrier 2027 peuvent être prudentes, la vigueur tirée par le diesel pouvant maintenir les prix prompt élevés même si les indicateurs macro se détériorent.
- Traders : L’écart temporel prononcé entre 2026 et 2030 offre des opportunités sur les spreads de calendrier et les stratégies de stockage/arbitrage, mais des équilibres physiques tendus et des stocks faibles impliquent que les positions vendeuses à court terme sur les échéances proches comportent un risque de queue significatif.
Vue directionnelle à 3 jours (en EUR)
- WTI échéance proche (NYMEX) : Biais modérément haussier à neutre autour de 80–84 EUR/bbl, soutenu par la vigueur des produits.
- Brent échéance proche (ICE) : Devrait rester ferme dans une fourchette de 85–90 EUR/bbl, en maintenant une prime sur le WTI.
- ICE gasoil échéance proche : Le risque reste orienté à la hausse, les prix étant susceptibles de se consolider au‑dessus de 1 280–1 320 EUR/t tant que les raffineries tournent à des niveaux proches des records.