Les ananas philippins envisagent un accès facilité au marché américain tandis que les prix restent fermes dans l’UE
Les États‑Unis pourraient assouplir les limites de ports pour les ananas philippins tandis que les prix restent fermes dans l’UE. Perspectives pour les exportateurs, les acheteurs européens et les transformateurs, ainsi que la vision à court terme des prix.
Prix
Les prix de l’ananas frais sur les marchés de gros européens restent élevés, avec des indications récentes à Rungis autour de 1,49–1,70 EUR/kg pour les fruits transportés par voie maritime et d’environ 5,30 EUR/kg pour les expéditions par avion, reflétant une offre mondiale tendue et une demande soutenue.
Les offres d’ananas séché en Europe, en revanche, sont stables à légèrement plus faibles. L’ananas séché thaïlandais (sucre normal, FCA Pays‑Bas) est indiqué autour de 3,90–3,98 EUR/kg, légèrement en dessous des niveaux de fin juin, tandis que l’origine vietnamienne FOB Hanoï est stable autour de 6,78 EUR/kg. Cela suggère un certain répit sur les marges dans le segment transformé malgré des prix fermes sur le frais.
Offre et demande
Les Philippines consolident leur rôle d’exportateur de premier plan, se classant au deuxième rang mondial avec plus de 775 000 tonnes expédiées en 2025 et environ 17 % de la valeur des exportations mondiales. Les nouvelles expéditions de MD2 vers les Émirats arabes unis — environ 18 tonnes par envoi, avec des rotations régulières toutes les deux semaines — illustrent la stratégie du pays visant à approfondir sa pénétration au Moyen‑Orient et à se diversifier au‑delà de ses canaux traditionnels en Asie et en Amérique du Nord.
Le principal changement structurel à venir est de nature réglementaire : les autorités américaines (APHIS) ont proposé de supprimer la restriction actuelle qui limite l’entrée des ananas philippins aux ports de l’Atlantique Nord, à Guam et aux îles Mariannes du Nord en raison du risque de mouche orientale des fruits. Une fois la période de commentaires publics close le 10 août et, si la mesure est approuvée, un accès élargi aux ports américains permettrait des routages plus flexibles, une baisse des coûts logistiques et un potentiel de demande accru pour les fruits philippins au second semestre de l’année.
Du côté de la demande, les importations américaines d’ananas frais ont atteint des niveaux records en 2024 et restent soutenues par une forte consommation au détail et en transformation, tandis que l’Europe connaît des prix de gros élevés en raison de l’offre limitée en provenance du Costa Rica et d’autres origines d’Amérique latine et d’Afrique de l’Ouest. Les rapports à court terme de la restauration américaine indiquent également une bonne disponibilité de l’ananas mais une demande sous‑jacente ferme jusqu’au milieu de l’été, ce qui suggère que tout nouveau volume philippin serait absorbé plutôt que de provoquer une baisse significative des prix.
Fondamentaux et météo
Les fondamentaux mondiaux restent globalement tendus. Le Costa Rica, premier exportateur, se remet encore de problèmes de rendement liés aux conditions météorologiques, tandis que des conditions El Niño sont en développement et pourraient perturber les régimes de précipitations dans les ceintures tropicales de production. Dans ce contexte, la croissance incrémentale des exportations philippines gagne en importance pour les acheteurs cherchant à se diversifier hors d’Amérique centrale.
Aux Philippines, le mois de juillet se situe en pleine saison de la mousson du sud‑ouest (habagat), caractérisée par des conditions chaudes et humides et des averses fréquentes. Les prévisions saisonnières et les récents bulletins indiquent des précipitations proches à supérieures à la normale sur certaines parties de Mindanao et des Visayas, avec de possibles perturbations tropicales début juillet. Pour les zones d’ananas établies dans le South Cotabato et les régions avoisinantes, ce schéma est globalement favorable à la croissance végétative, mais des épisodes localisés de fortes pluies ou de vents violents pourraient temporairement perturber la récolte et la logistique plutôt que modifier significativement les perspectives de production 2026.
Sur les marchés des produits transformés, le léger assouplissement des prix de l’ananas séché indique une disponibilité suffisante de matière première pour les sécheurs et les conserveurs à ce stade. Toutefois, si les prix du frais restent élevés et si les coûts de fret demeurent volatils, les transformateurs pourraient être confrontés à un regain de concurrence pour les fruits, en particulier si les évolutions de l’accès au marché américain déclenchent des programmes à terme plus importants au départ des Philippines.
Perspectives et idées de trading
Au cours des prochains mois, le point de vigilance central sera l’issue de la proposition de l’APHIS américaine et le rythme de diversification des exportations philippines. Un accès élargi aux ports américains à partir de fin 2026 redirigerait probablement une partie des volumes actuellement destinés à l’Asie et au Moyen‑Orient, resserrant l’offre dans ces régions durant les pics saisonniers. Parallèlement, les acheteurs européens sont toujours confrontés à des prix élevés pour le frais et à un soulagement limité dans les segments transformés.
- Acheteurs de frais en Europe : Anticiper des prix spot qui resteront fermes au T3 ; privilégier les contrats de long terme et envisager une diversification des origines (Philippines, Afrique de l’Ouest) afin de réduire le risque lié à l’offre costaricienne.
- Acheteurs d’ananas séché dans l’UE : Profiter du léger repli actuel des offres thaïlandaises (autour de 3,9–4,0 EUR/kg FCA) pour étendre la couverture jusqu’au T4 avant qu’une éventuelle demande supplémentaire des États‑Unis ne resserre la disponibilité de la matière première.
- Exportateurs philippins : Préparer des stratégies commerciales en vue d’un possible changement de réglementation américaine d’ici le T4 — sécuriser des partenaires logistiques au‑delà des routes de l’Atlantique Nord et négocier des contrats multi‑destinations pouvant s’ajuster entre ports américains, EAU et asiatiques.
- Utilisateurs industriels (jus, conserve) : Couvrir une partie des besoins 2027 via des contrats à terme avec un panier d’origines diversifié, car les risques météorologiques liés à El Niño et la volatilité du fret pourraient maintenir le complexe structurellement ferme.
Indication de prix sur 3 jours
- Gros UE frais (transport maritime) : Stable à légèrement ferme autour de 1,5–1,7 EUR/kg, l’offre restant tendue.
- Ananas séché UE (Thaïlande, FCA Pays‑Bas) : Latéral à légèrement plus faible autour de 3,9–4,0 EUR/kg, reflétant des stocks confortables.
- Vietnam séché FOB : Stable autour de 6,8 EUR/kg ; aucun facteur majeur de changement à court terme.