Les prix du tournesol en Ukraine poursuivent leur baisse, avec un marché CPT à trois niveaux et des triturateurs prudents. Aperçu des niveaux domestiques, du contexte export, des risques météo et des perspectives à 3 jours.
Prix
Les prix domestiques du tournesol en Ukraine ont poursuivi leur repli la semaine dernière. Trois niveaux de prix effectifs se sont formés sur une base CPT :
- Prix indicatifs d’achat : environ 26 500–30 000 UAH/t CPT (soit autour de 610–690 EUR/t au taux de change actuel).
- Prix effectifs de transaction : environ 32 000–32 500 UAH/t CPT (soit près de 740–755 EUR/t), niveaux sur lesquels des volumes limités sont réellement échangés.
- Offres nouvelle récolte : seulement 21 000–22 000 UAH/t CPT (environ 485–510 EUR/t), reflétant de fortes décotes pour les livraisons de la prochaine récolte.
Les retours du terrain indiquent que, même si certains volumes se traitent aux niveaux supérieurs effectifs, seules quelques usines achètent activement, ce qui renforce le sentiment baissier. Les prix de référence à l’export témoignent également d’une légère faiblesse : les dernières offres de graines de tournesol ukrainiennes FOB Odessa ont reculé d’environ 0,62 EUR/kg à près de 0,61 EUR/kg, et le tourteau de tournesol FOB Odessa a glissé d’environ 0,62 EUR/kg à l’équivalent de 0,59 EUR/kg, signalant des marges de trituration et des valeurs à l’export plus faibles.
Offre & Demande
À l’heure actuelle, le complexe tournesol domestique est davantage influencé par l’hésitation de la demande que par des tensions aiguës sur l’offre. Les triturateurs se montrent prudents dans leurs achats, reflétant la faiblesse des marchés du colza et du soja et réagissant à l’incertitude entourant la logistique d’exportation depuis les ports de la mer Noire, où des attaques récentes et des suspensions temporaires de navigation ont périodiquement perturbé les flux de céréales et d’huiles végétales.
Structurellement, l’Ukraine reste fortement orientée vers la trituration : presque toute la production de graines de tournesol est transformée sur le territoire en huile et tourteaux avant exportation. Les indications à terme pour la campagne 2026/27 laissent toutefois entrevoir de possibles réductions des exportations agricoles globales si l’accès à la mer Noire demeure contraint, les autorités avertissant déjà que les exportations totales de céréales et d’oléagineux pourraient être réduites d’environ moitié par rapport aux attentes initiales si le blocus se prolonge. Cela crée un risque de report accru des flux de graines et d’huile de tournesol vers des itinéraires alternatifs (Danube, corridors terrestres vers l’UE), alourdissant les coûts et les délais de la chaîne logistique.
Fondamentaux & Météo
Sur le plan fondamental, l’huile de tournesol mondiale continue de s’échanger avec une prime par rapport aux huiles végétales concurrentes, soutenue par des problèmes de récolte antérieurs dans certaines grandes régions productrices et par une demande d’importation solide dans des destinations telles que l’UE, l’Inde et la Turquie. En Ukraine, la récolte de tournesol 2025/26 était déjà attendue en deçà de la campagne précédente et de la moyenne quinquennale, ce qui resserre l’équilibre à moyen terme malgré la faiblesse actuelle des prix.
La météo demeure une variable clé à court terme. Début juillet, les analystes ont souligné que des épisodes de chaleur au-delà de 30–32°C mettaient les cultures de tournesol et de soja sous stress durant des stades sensibles comme la formation des boutons et la floraison, même si des prévisions de températures plus modérées à court terme étaient jugées globalement favorables au potentiel de rendement. Les perspectives de récolte pour 2026 restent prudemment positives à ce stade, mais la poursuite d’épisodes chauds et secs en août pourrait encore peser sur les rendements et limiter le potentiel de baisse des prix plus tard dans la saison si les dégâts deviennent visibles.
Perspectives de marché (2–4 prochaines semaines)
- Agriculteurs : La forte décote des offres nouvelle récolte par rapport aux niveaux effectifs actuels et l’appétit limité des triturateurs ne plaident pas pour des ventes agressives, sauf tension de trésorerie à la ferme. Envisager des ventes modestes et défensives près du haut de la fourchette CPT effective, tout en conservant de la flexibilité pour une éventuelle stabilisation post-récolte si les risques logistiques ou météo s’intensifient.
- Triturateurs : Avec des marges de trituration sous pression et une disponibilité spot suffisante, une approche attentiste sur la couverture spot de gros volumes reste justifiée. Toutefois, le faible niveau des offres nouvelle récolte suggère une opportunité de sécuriser de manière sélective des volumes à terme à prix attractifs, avant un éventuel rebond lié à la météo ou à la logistique.
- Exportateurs : Les perturbations en mer Noire et le redéploiement des flux vers des itinéraires alternatifs incitent à une couverture prudente de la base et du fret. Privilégier des engagements de courte durée et maintenir de l’optionalité entre routes (Danube/rail vers l’UE) afin de gérer les changements soudains d’accessibilité portuaire.
Indication de prix sur 3 jours (UA, directionnel)
- Graines de tournesol domestiques, CPT centre de l’Ukraine : Stable à légèrement plus faible, les triturateurs maintenant des offres prudentes et des volumes d’achats limités.
- Offres FCA départ ferme (Kyiv, Odessa) : Stables à légèrement plus souples, reflétant la prudence de la demande industrielle plutôt qu’une tension immédiate sur l’offre.
- Valeurs à parité export (FOB Odessa/corridor du Danube) : Globalement stables ; toute nouvelle escalade autour des ports de la mer Noire pourrait rapidement apporter un léger soutien, mais les flux à court terme demeurent suffisamment contraints pour limiter le potentiel haussier.