Marché du tournesol : graines fermes, huile plus souple et risque géopolitique
Synthèse du marché du tournesol en août 2026 : contrats SAFEX stables, prix fermes des graines et amandes en mer Noire, huile brute plus souple et risques sur les exportations via la mer Noire.
Prix
Les contrats à terme SAFEX sur le tournesol au 4 août 2026 présentent une courbe plate à légèrement haussière : l’échéance août 2026 a clôturé à 10 100 ZAR/t, septembre à 10 151 ZAR/t (+0,35 % jour contre jour) et décembre à 10 291 ZAR/t (+0,17 %), tandis que mars 2027 s’est traité à 10 000 ZAR/t. Le premier important escompte apparaît à partir de mai 2027 (9 200 ZAR/t), ce qui indique des attentes d’amélioration de l’offre à moyen terme mais aucune pression immédiate sur les valeurs rapprochées.
Sur les marchés physiques liés à l’UE, les graines de tournesol noires (98 % de pureté, non bio) sont offertes autour de 0,61 EUR/kg FCA Allemagne (origine Moldavie) et 0,595–0,62 EUR/kg FCA/FOB Bulgarie et Ukraine, globalement inchangées sur les trois dernières semaines. Les graines rayées et de confiserie en provenance de Chine sont cotées plus haut, autour de 1,35 EUR/kg FOB Pékin, mais se sont légèrement détendues par rapport à la mi‑juillet avec la normalisation de la demande à l’export.
Les amandes de tournesol pour usage boulangerie se négocient autour de 0,97–1,05 EUR/kg FCA en Ukraine, Moldavie, Bulgarie et Allemagne, la plupart des cotations étant stables depuis début juillet et une légère hausse d’environ 0,02 EUR/kg pour l’origine moldave livrée en Allemagne. Les amandes de confiserie restent le segment premium à environ 1,12–1,29 EUR/kg, avec un léger assouplissement des offres chinoises. Le tourteau de tournesol ukrainien est indiqué proche de 0,61 EUR/kg FOB Odessa, légèrement en dessous de la fin juillet, reflétant la pression du côté des huiles végétales et la concurrence sur les marchés des protéines.
L’huile brute de tournesol CPT Odessa est évaluée autour de 1,06 EUR/kg au 20 juillet, contre environ 1,18 EUR/kg au début du mois, en ligne avec les corrections plus larges sur les huiles comestibles depuis les sommets du printemps, alors même que les rapports soulignent que l’huile de tournesol conserve encore une prime par rapport à certaines huiles concurrentes en raison de problèmes de récolte sur plusieurs campagnes et du risque géopolitique dans la région de la mer Noire.
Offre et demande
Les contrats à terme sud‑africains indiquent que la disponibilité physique à court terme est équilibrée : une trituration domestique et une demande en alimentation animale solides font face à des ventes relativement limitées de la part des agriculteurs, tandis que les prix différés plus bas traduisent des attentes d’une offre 2027 plus confortable. En mer Noire, toutefois, le moteur clé reste l’Ukraine, où la production de graines de tournesol 2026/27 devrait bondir à environ 13,7 millions de tonnes contre quelque 10,8 millions de tonnes en 2025/26, grâce à une surface plus grande et un redressement des rendements.
Cela générerait nettement plus de graines pour la trituration et, indirectement, pour les exportations mondiales d’huile et de tourteau. Les prévisions suggèrent que la production d’huile de tournesol pourrait atteindre environ 5,8 millions de tonnes, avec des volumes similaires de tourteau de tournesol, renforçant le rôle de l’Ukraine comme principal fournisseur de l’Europe, du Moyen‑Orient et de certaines régions d’Asie. Toutefois, le marché garde en mémoire la récolte exceptionnellement faible de 2024 et la volatilité des flux d’exportation, si bien que les acheteurs restent prudents quant à des engagements à terme trop importants.
Ailleurs dans la région mer Noire–Danube–Balkans, la Bulgarie, la Roumanie, la Moldavie et la Russie devraient afficher en 2026 des récoltes de tournesol en légère hausse ou stables par rapport à 2025, ajoutant conjointement plusieurs centaines de milliers de tonnes à l’offre régionale et soutenant les triturateurs tant dans l’UE‑27 qu’en Turquie. Cependant, la politique locale reste un facteur de bascule clé : les restrictions unilatérales sur les importations d’oléagineux ukrainiens dans certains États membres de l’UE continuent de détourner les flux et de maintenir une prime sur les graines domestiques dans certaines parties de l’Europe de l’Est.
Logistique, géopolitique et météo
La logistique d’exportation revient au premier plan. De récents tirs de missiles et de drones ont gravement endommagé les infrastructures portuaires ukrainiennes, y compris le terminal d’un important exportateur d’huile de tournesol à Tchornomorsk, et ont conduit à une suspension temporaire de l’arrivée des navires marchands dans les principaux ports de la mer Noire. Ces événements renchérissent les coûts de fret et d’assurance, élargissent périodiquement les bases à l’export et soutiennent les prix FOB des graines et de l’huile alors même que les références mondiales des huiles végétales reculent.
L’environnement sécuritaire plus large en mer Noire demeure instable, avec des attaques fréquentes contre la navigation et les installations énergétiques sur les côtes ukrainiennes et russes, maintenant une prime de risque géopolitique intégrée dans les produits à base de tournesol d’origine mer Noire. Ce risque interagit avec la politique commerciale de l’UE : si certains États membres restreignent encore les importations directes d’oléagineux en provenance d’Ukraine, l’UE dans son ensemble a maintenu l’accès aux huiles ukrainiennes ; toute escalade réduisant davantage les capacités portuaires pourrait donc resserrer rapidement l’offre d’huile disponible pour les principales destinations.
Sur le plan météo, les analystes soulignent le risque lié aux semis tardifs de la récolte de tournesol 2026 en Ukraine : les projections de rendement supposent un été et un début d’automne normaux. Les perspectives de début août font état de conditions saisonnièrement chaudes et principalement sèches sur une grande partie de la ceinture tournesol de la mer Noire, généralement favorables à la maturation mais susceptibles de commencer à stresser les parcelles semées tard si la sécheresse persiste, en particulier dans le sud et l’est de l’Ukraine et certaines parties du sud de la Russie. Tout épisode marqué de chaleur et de sécheresse au cours des 3–4 prochaines semaines deviendrait rapidement porteur pour les prix des graines et de l’huile.
Fondamentaux et équilibre du marché
Les fondamentaux indiquent un desserrement à moyen terme mais avec une tension à court terme sur la logistique et les spreads produits. Les prix des graines en Europe de l’Est et dans la région de la mer Noire sont restés relativement rigides par rapport au récent recul de l’huile brute de tournesol, ce qui implique une compression des marges de trituration. Avec des graines autour de 0,61–0,62 EUR/kg et l’huile à environ 1,06 EUR/kg, les transformateurs disposent de peu de marge pour une nouvelle appréciation des prix des graines, à moins d’un rebond de l’huile ou d’un renforcement du tourteau.
Dans le même temps, la demande mondiale pour l’huile de tournesol reste résiliente, soutenue par des prix compétitifs par rapport à l’huile de colza et par une prime persistante vis‑à‑vis des huiles de palme et de soja en raison de la qualité et du risque géopolitique. La Turquie devrait rester un importateur actif de graines et d’huile de tournesol après une mauvaise récolte domestique 2025, contribuant à absorber l’augmentation de la production régionale 2026 et offrant un débouché pour les surplus de graines en provenance de Bulgarie, Roumanie et Ukraine.
Dans l’ensemble, le complexe tournesol apparaît modérément haussier à court terme en raison des risques logistiques et météorologiques, mais structurellement moins tendu à l’horizon 2026/27 si les hausses de récolte projetées se matérialisent. Cette configuration à deux vitesses milite en faveur d’une couverture flexible et de courte durée plutôt que d’engagements agressifs à long terme aux niveaux de prix plats actuels.
Perspectives de trading et orientation à 3 jours
Points d’action (prochaines 4–6 semaines)
- Triturateurs (UE et mer Noire) : Maintenir une couverture modérée en graines jusqu’au début de la récolte, en se concentrant sur la base plutôt que sur le prix plat. Envisager de verrouiller les marges de trituration graines‑huile de manière opportuniste lors des replis de l’huile ou des pics sur les graines, compte tenu de la compression actuelle des marges.
- Industries alimentaires et snacks : Avec des amandes et des qualités de confiserie globalement stables, étendre modestement la couverture jusqu’au T4 2026, mais conserver une certaine flexibilité au cas où des problèmes logistiques ou des chocs météo feraient grimper les primes plus tard dans la saison.
- Importateurs MENA/Turquie : Profiter de tout repli à court terme des prix de l’huile, lié à la faiblesse plus large des huiles végétales, pour sécuriser des volumes, car la logistique en mer Noire et les risques politiques régionaux pourraient encore resserrer brutalement la disponibilité au comptant.
- Intervenants spéculatifs : Les marchés à terme SAFEX et ceux liés à la mer Noire sur les échéances rapprochées conservent un potentiel de hausse lié à la météo et aux perturbations portuaires ; cependant, la croissance attendue de l’offre 2026/27 plaide pour une prise de bénéfices disciplinée sur les rallies à l’approche de la récolte.
Indication de prix à 3 jours
- Contrats à terme SAFEX sur le tournesol : Latéraux à légèrement plus fermes ; les contrats rapprochés devraient se maintenir au‑dessus de 10 000 ZAR/t grâce au soutien de la demande locale.
- Graines de tournesol mer Noire (FOB/FCA) : Largement stables en termes d’EUR ; légère inclinaison haussière en cas de nouvelles perturbations portuaires ou de prévisions plus chaudes/plus sèches.
- Huile de tournesol (CPT/FOB mer Noire) : Dérive modérément baissière à latérale après la récente correction, mais très sensible à tout nouveau titre géopolitique affectant la logistique d’exportation.