Marché du tournesol : surabondance russe et nouveau choc sur la trituration ukrainienne
Les prix du tournesol reculent sous l’effet d’une récolte record en Russie et d’une attaque russe contre l’usine Oleina de Bunge à Dnipro. Analyse de l’offre, de la demande, du risque et des perspectives à court terme.
Les marchés russes du tournesol subissent une forte pression baissière sous l’effet d’une récolte record et de goulets d’étranglement au niveau de la trituration, tandis qu’une nouvelle frappe russe sur l’usine Oleina de Bunge à Dnipro ajoute un nouveau risque pour les disponibilités d’huile de tournesol ukrainienne.
En dépit du repli des prix des graines et de l’huile dans la mer Noire et dans l’UE, le risque géopolitique entourant la trituration et la logistique ukrainiennes remonte, ce qui pourrait accroître la volatilité à l’approche de la campagne 2026/27.
Les fondamentaux mondiaux du tournesol sont actuellement dominés par deux forces opposées. D’un côté, la Russie se dirige vers une récolte record de graines de tournesol d’environ 20,7 millions de tonnes en 2026, en hausse de 18 % sur un an, la production totale pouvant atteindre 22,2 millions de tonnes en incluant les nouvelles régions. De l’autre, le secteur ukrainien de trituration des oléagineux est de nouveau pris pour cible : le 10 septembre, la Russie a frappé l’usine d’extraction d’huile de tournesol Oleina de Bunge à Dnipro, entraînant une suspension des opérations et ravivant les inquiétudes sur l’offre régionale d’huile de tournesol et les flux d’exportation.
Prix
Les prix intérieurs russes du tournesol ont fortement reculé sous le poids de la récolte exceptionnelle qui approche et des capacités limitées de trituration et d’exportation. L’indice ProGrain est passé d’environ 46 050 RUB/t fin juillet à 28 610 RUB/t fin août, avant de fléchir encore à 26 585 RUB/t au 4 septembre, avec une moyenne d’août à 35 949 RUB/t contre 37 595 RUB/t en septembre 2025. Cela reflète un passage rapide d’une situation tendue à un surplus, les anticipations d’offre s’améliorant alors que les contraintes logistiques et de trituration plafonnent les enlèvements. Sur le SAFEX, les contrats à terme sur le tournesol reflètent également le ton plus faible. L’échéance rapprochée septembre 2026 a clôturé le 10 septembre à 9 770 ZAR/t (−0,7 % sur un jour), tandis que décembre 2026 se traitait autour de 10 026 ZAR/t (+0,2 % j/j). Les valeurs à terme pour mars–juillet 2027 restent en dessous de 9 500–9 700 ZAR/t, ce qui suggère que le marché n’intègre pas encore de forte reprise et anticipe des disponibilités confortables jusqu’à la mi‑2027. Les cotations physiques en mer Noire et en Europe en euros indiquent également un marché s’affaiblissant doucement ces dernières semaines. Les graines de tournesol noires ukrainiennes FCA Odessa et Kyiv sont proposées autour de 0,44–0,45 EUR/kg, en baisse par rapport à environ 0,49–0,54 EUR/kg à la mi‑août. Les graines noires FOB Odessa se situent autour de 0,59 EUR/kg, là aussi légèrement en dessous des niveaux de fin août. Les amandes et le tourteau de tournesol suivent une trajectoire similaire, le tourteau ukrainien FOB Odessa s’effritant aux environs de 0,57 EUR/kg après de faibles fluctuations. L’huile brute de tournesol CPT Odessa a glissé d’environ 1,12 EUR/kg début septembre à approximativement 1,05 EUR/kg au 9 septembre, ce qui montre que le marché de l’huile digère lui aussi une disponibilité accrue en graines et une concurrence stable à l’export malgré la nouvelle attaque contre l’actif de trituration de Dnipro.
BASIC
Tableau de données de marché
Schwarzer Pfeffer6.850 €/t+2,3 %
Koriander1.240 €/t−0,8 %
Kreuzkümmel2.100 €/t+1,5 %
Zimt (Cassia)8.900 €/t+0,4 %
Kurkuma3.200 €/t−1,2 %
Kardamom grün18.500 €/t+3,1 %
Ingwer (getr.)1.850 €/t+0,9 %
Chili (getr.)2.750 €/t−0,5 %
Schwarzer Pfeffer6.850 €/t+2,3 %
Koriander1.240 €/t−0,8 %
Kreuzkümmel2.100 €/t+1,5 %
Zimt (Cassia)8.900 €/t+0,4 %
Kurkuma3.200 €/t−1,2 %
Kardamom grün18.500 €/t+3,1 %
Ingwer (getr.)1.850 €/t+0,9 %
Chili (getr.)2.750 €/t−0,5 %
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Offre & Demande
La sole de tournesol russe s’est encore élargie en 2026, soutenant la récolte record. La superficie en oléagineux a atteint 22,5 millions d’hectares (contre 21,1 millions ha en 2025), dont le tournesol représente 12,2 millions d’hectares, en hausse par rapport à 11,08 millions d’hectares un an plus tôt. Même avec des rendements normaux, cette seule extension de surface entraîne une hausse significative de la production potentielle. Mais cette offre record est bridée par les goulets d’étranglement de trituration et d’exportation. Les capacités de trituration devraient absorber environ 16 millions de tonnes, laissant des stocks de report qui pourraient dépasser 5 millions de tonnes. Ces stocks lourds pèsent déjà sur la formation des prix et pourraient mettre sous pression les décisions commerciales des agriculteurs russes, les capacités de stockage et la trésorerie dans les mois à venir. Pour l’Ukraine, la dernière attaque contre l’usine Oleina de Dnipro le 10 septembre impose au minimum un arrêt temporaire à l’un des principaux sites de trituration d’huile de tournesol du pays. D’après les déclarations de l’entreprise et les rapports officiels, aucun travailleur n’a été tué mais les opérations sont suspendues le temps d’évaluer les dégâts. Cette attaque fait suite à des frappes antérieures sur des actifs d’huile de tournesol, notamment l’usine d’ADM à Tchornomorsk et d’autres terminaux, ce qui souligne un schéma de perturbations ciblées contre les chaînes de valeur des oléagineux. Sur le plan du bilan, l’important surplus russe contraste avec un secteur ukrainien où la disponibilité globale en graines s’améliore, mais où les capacités effectives de trituration et d’exportation sont de plus en plus exposées aux risques sécuritaires. Les importateurs mondiaux font ainsi face à une abondance de graines et d’huile sur le papier, mais avec une concentration accrue des origines et des routes, en particulier dans la mer Noire.Fondamentaux & Météo
Le principal facteur fondamental baissier est la récolte russe attendue de 20,7 millions de tonnes de tournesol (potentiellement 22,2 millions de tonnes en incluant les nouvelles régions comptabilisées), ce qui implique des volumes de trituration plus élevés et une hausse des stocks, même en tenant compte d’exportations soutenues de graines et d’huile de tournesol. Avec une trituration estimée à 16 millions de tonnes, le marché est structurellement sur-approvisionné, sauf élargissement des canaux d’exportation ou forte surprise à la hausse de la demande intérieure. Le récent effondrement des prix en Russie, d’environ 46 000 RUB/t à moins de 27 000 RUB/t en l’espace d’environ un mois, illustre la rapidité avec laquelle les anticipations de surplus se répercutent sur les prix payés aux producteurs lorsque les capacités de stockage et la logistique sont limitées. Cela comprime les marges sur l’ensemble de la filière et peut déclencher davantage de ventes à terme ou une différenciation accrue par la qualité au fil de la récolte. En Ukraine et dans l’UE, les fondamentaux sont plus équilibrés. Les offres de graines et d’amandes ukrainiennes à Odessa, Kyiv et Dnipro ont suivi une tendance baissière entre août et début septembre, reflétant l’assouplissement global. Les marchés liés à l’UE comme la Bulgarie et la Moldavie affichent des prix en euros relativement stables à légèrement plus faibles pour les graines et les amandes, ce qui suggère que la tension antérieure liée à la petite récolte 2025 se résorbe sans pour autant s’effondrer. Sur le plan météorologique, les prévisions à court terme pour les principales régions tournesol de la mer Noire (sud de la Russie, est de l’Ukraine) annoncent des conditions saisonnièrement douces, globalement sèches à émaillées d’averses pour la semaine à venir, sans menace majeure immédiate pour les opérations de fin de récolte ni pour les décisions d’implantation des cultures suivantes. Étant donné qu’une grande partie de la récolte de tournesol 2026 est déjà jouée, la météo devient un facteur secondaire par rapport à la logistique, aux politiques publiques et à l’évolution de la situation sécuritaire.Géopolitique & Logistique
La nouvelle frappe sur l’usine Oleina de Bunge à Dnipro est stratégiquement significative. Elle cible directement un actif majeur appartenant à un groupe occidental, produisant l’une des principales marques d’huile de tournesol en bouteille d’Ukraine et approvisionnant à la fois le marché domestique et l’export. Cette attaque fait suite à d’autres frappes contre des raffineries et terminaux ukrainiens d’oléagineux au cours des 18 derniers mois et confirme que les oléagineux, tout comme les céréales, restent en première ligne de la guerre économique. Sur le plan opérationnel, l’impact immédiat est une réduction de la capacité locale de trituration et un réacheminement temporaire des flux de graines vers d’autres usines ou vers l’export. Selon l’ampleur des dégâts et la durée des réparations, cela pourrait resserrer les disponibilités régionales en huile de tournesol et allonger les files d’attente dans les autres installations et ports. Toutefois, à l’échelle mondiale, l’important surplus russe et la production de graines ukrainiennes encore solide limitent pour l’instant le risque de pénurie franche. La logistique reste un facteur de risque clé. Les routes maritimes en mer Noire et les voies fluviales continuent de fonctionner, mais toute escalade autour des ports ou des corridors d’exportation pourrait rapidement modifier l’équilibre entre l’abondance théorique de l’offre et la disponibilité effective à destination, réintroduisant une prime de risque dans les prix.Perspective de trading (2–4 semaines)
- Biais : Légèrement baissier à neutre pour les graines et l’huile de tournesol en euros, avec un potentiel de baisse limité par le risque géopolitique et d’éventuelles perturbations logistiques.
- Producteurs (Russie, mer Noire) : Envisager d’échelonner les ventes sur les rebonds plutôt qu’aux niveaux déprimés actuels, et privilégier le stockage à la ferme et la gestion de la qualité lorsque c’est possible, compte tenu du risque élevé de stocks de report.
- Tritureurs : Les tritureurs russes et européens peuvent trouver des marges attractives grâce à des graines bon marché ; les tritureurs ukrainiens font face à un risque opérationnel et sécuritaire plus élevé, mais bénéficient de prix de la matière première plus bas si la logistique le permet.
- Importateurs : Maintenir ou légèrement étendre la couverture pour T4 2026–T1 2027 sur repli des prix, mais diversifier les origines entre Russie, Ukraine et fournisseurs UE/Balkans afin de se couvrir contre les perturbations propres à certaines routes.
- Acteurs spéculatifs : Surveiller les pics de volatilité en lien avec de nouvelles attaques d’infrastructures ou des changements de politique d’exportation ; la relative platitude des courbes à terme actuelles suggère un intérêt limité pour des positions vendeuses agressives à ces niveaux.
Indication régionale des prix sur 3 jours (direction)
- Graines de tournesol mer Noire (Ukraine, Russie, équivalent EUR) : Légère tendance baissière à neutre à mesure que la pression de récolte augmente et que la logistique reste globalement fonctionnelle.
- Huile brute de tournesol mer Noire (CPT/FOB) : Neutre, avec une probabilité modérée de raffermissement à court terme si les dégâts à Dnipro s’avèrent importants et si les acheteurs avancent leur couverture.
- UE (Bulgarie, Balkans) graines et amandes de tournesol : Globalement stables ; modeste contagion de la faiblesse de la mer Noire, mais la demande intérieure et les oléagineux alternatifs limitent les baisses marquées.
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